Vieillir en douceur

La MéméIl y a quelque temps Christine Alloux avait partagé sur FB un poème de Ghislaine Delisle intitulé “Vieillir en beauté” qui m’a touché par sa candeur, sa simplicité et sa sagesse. Je voudrais aujourd’hui aborder le même sujet, la vieillesse étant – que nous en soyons conscients ou pas – une réalité que nous les vieux, les anciens, les rescapés des neiges d’antant comprenons trop bien étant en plein dedans.

Voici les réflexions d’une vieille bouddhiste qui à l’heure du grand départ  nous invite au recueillement, à la gratitude et à la sérénité.

 

Le temps est un grand fleuve. Il coule et nous emporte. Ainsi va la vie, un voyage sans retour ! Alors pourquoi regretter et pleurer ce qui n’est plus ? Non, mes enfants. Il faut au contraire accepter toutes les joies et les peines que la vie nous apporte, celles d’hier, d’aujourd’hui et de demain, puis la paix dans l’âme, nous laisser aller au fil de ses eaux.

 

Confiante en la sagesse des étoiles, j’ai toujours vecu dans le présent sans jamais un regard en arrière. Mais aujourd’hui, à l’heure où mon voyage touche à sa fin, je veux appeler mes souvenirs et rendre grâce une fois encore aux ancêtres dont le regard lumineux a éclairé mes pas.

Gloire à la vie ! Et qu’importent les embûches dont elle est semée ! N’avons-nous pas survécu ? Ne sommes-nous pas plus aguerris ? Alors mes enfants, arrêtez de vous tourmenter et laissez-vous vivre au lieu de vous en empêcher! Ce n’est pas sorcier ! Hélas, les choses les plus élementaires sont les plus difficiles pour ceux qui n’ont pas la sagesse.

… J’écoute les conversations d’une oreille distraite. Les voix sont un bruit de fond qui me berce et parfois m’endort. La plupart du temps je n’écoute pas. Je me suis detachée de ce monde. Je l’observe encore, mais de loin, avec le recul du temps et celui du lacher-prise. Mais je tiens à savoir comment vont mes enfants, les petits comme les grands. Trois générations me porteront en terre, d’autres naîtront après moi, et je continuerai de vivre à travers elles. C’est ainsi que la vie se transmet en une chaîne sans fin. C’est la main dans la main que nous cheminons vers notre destin. Nos ancêtres et nos parents, nos enfants et leurs descendants, forment la famille et le clan. 1ls sont nous, nous et notre saga qui continue son petit bonhomme de chemin. C’est ce qui importe. Aimer les siens et être aimé d’eux. Vivre le cceur rempli d’amour pour soi et pour autrui, pour les vivants et pour les disparus.

 

Le reste, la cupidité et l’envie, les haines et les guerres, vous pouvez vous les garder ! J’ai eu mon compte de misère! L’Histoire se répète indéfiniment. Je le sais. Ce n’est pas pour rien que je suis née au siècle dernier, en 1895 si vous voulez savoir ! J’ai vécu la conquête du Tonkin et l’1ndochine coloniale, la première et la deuxième guerre mondiale, l’occupation japonaise et le premier exode, notre retour en pleine guerre d’1ndochine, puis la fin de la fin, Dien-Bien-Phu et l’exil. Alors ne me parlez plus d’Epopée Jaune et de mission civilisatrice ! Encore moins de démocratie et de défense du monde libre ! Des mots tout ca, bien creux et bien sonores ! Et surtout épargnez-moi vos « grands hommes » qui font la gloire des panthéons et la misère des peuples !

Comme la vie serait simple et tranquille sans leur folie des grandeurs ! Vous souriez devant la banalité de ce propos et pensez que je ne suis qu’une vieille radoteuse. Eh bien non ! Car je sais qu’à travers le monde, beaucoup comme moi n’aspirent qu’à vivre en harmonie avec le principe du Bien. Je sais que ces bonnes gens existent, et qu’un jour l’amour par leur voix triomphera. C’est pour eux et pour mes enfants que je vis. C’est grâce a eux et à mes enfants que je survis. Alors croyez-moi, la rougeole d’une arrière-petite-fille m’est bien plus importante que l’assassinat d’un chef d’Etat !

 

Le texte ci-dessus est extrait de La Mémé, un roman dédié à ma mère.

 

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