« Truth and Reconciliation » Nelson Mandela

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La lettre ouverte que Joëlle Ursull a adressée au Président de la République a fait beaucoup de bruit et continuera d’en faire si au lieu de reconnaître l’importance du sujet qu’elle soulève nous ne faisons qu’ergoter. Soyons honnêtes : la question que la chanteuse guadeloupéenne a eu l’audace d’imposer à notre conscience constitue pour l’Occident le défi du siècle. Car il ne s’agit pas seulement de l’avenir de la France, mais de celui de toutes les nations esclavagistes, ensuite colonialistes, puis devenues en conséquence multiraciales.

 Précisons tout d’abord que je ne suis pas pour la hiérarchisation des crimes contre l’humanité et, à l’encontre de l’inénarrable M. Dieudonné, je n’ai nullement l’intention de comparer les degrés de souffrance d’une race, d’un peuple ou d’une ethnie pour lui décerner la médaille d’or de la douleur. Que les victimes soient Arméniens ou Tziganes, Namibiens ou Malgaches, Juifs ou Noirs – et n’oublions surtout pas les Amérindiens des Antilles, premières victimes de la conquête du Nouveau Monde – il est aberrant et obscène de vouloir comparer ces horreurs.

 Je préciserai aussi que je me refuse à discuter le propos de la ministre d’Outre-mer George Pau-Langevin, propos selon lequel l’esclavage n’est pas un génocide. J’ajouterai enfin qu’à l’encontre de certaines personnalités bien intentionnées, je ne suis pas pour un appel au « calme » si être calme signifie d’éviter toute discussion qui heurte, divise et nuit à la paix sociale. Quelle paix sociale? Peut-on sérieusement croire que passer sous silence les problèmes raciaux qui nous divisent les fera disparaître ?

 Rappelons-nous qu’il a fallu attendre un demi-siècle pour qu’un président de la République reconnaisse officiellement l’implication de la France dans la rafle de 13 000 juifs parqués au Vel’ D’hiv’ le 16 juillet 1942 avant d’être envoyés à Auschwitz-Birkenau. Les Noirs attendent depuis plus de trois siècles que la France reconnaisse ses exactions coloniales. Est-ce trop demander que de vouloir qu’après Jacques Chirac notre président actuel fasse de même et tende une main fraternelle aux descendants d’esclaves et d’ex-colonisés, citoyens français nés en France, sur les territoires d’outre-mer ou dans les ex-colonies ?

“Truth and Reconciliation.” Tels sont les mots de Nelson Mandela. Si nous voulons vraiment « vivre ensemble » et non « être condamnés à mourir comme des idiots », il nous faut reconnaître que l’heure du mea-culpa, du pardon et de la réconciliation a sonné. La concorde ne se fera pas sans ce baiser de paix.

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