Robert Reich : pourquoi les élections de 2016 sont un volcan politique en pleine éruption.

L’objet de ces élections est d’en finir avec la domination du grand capital qui étrangle notre système politique.

 

Robert ReichRobert Reich / Robert Reich Blog, 26 janvier 2016

Traduit par Guy Levilain

 

Il ne se passe une seule journée sans que des journalistes me demandent de comparer les projets fiscaux, bancaires ou d’assurance santé de Bernie Sanders et de Hillary Clinton.

Cela ne me dérange pas. J’enseigne l’économie politique depuis plus de trente-cinq ans, et c’est mon dada. Mais ces projets dans leur détail sont aussi pertinents pour les élections de 2016 que cette planète gazeuse au delà de Pluton. Ils n’ont aucune chance d’être votés dans l’état actuel des choses.

L’autre jour Bill Clinton a attaqué le projet de loi relatif à l’assurance santé proposé par Bernie Sanders en disant qu’il n’était pas faisable et qu’il était condamné à tomber dans une impasse. En fait, de nos jours, rien de ce qui compte n’est faisable et toute idée audacieuse tombe dans une impasse. Pour cette raison ces élections visent à changer les paramètres de ce qui est faisable et à mettre fin à la domination du grand capital qui nous étrangle.

 

Je connais bien Hillary Clinton. Elle avait dix-neuf ans quand j’ai fait sa connaissance. Je la respecte. Selon moi elle est la candidate la mieux qualifiée pour présider au système politique tel qu’il est aujourd’hui. Par contre Bernie Sanders est le candidat le mieux qualifié pour créer le nouveau système politique dont nous avons besoin et pour mener à bien les aspirations du mouvement qu’il dirige. Ces élections n’ont donc rien à voir avec les détails des projets proposés. Elles sont une lutte pour le pouvoir – ou ceux qui l’ont le garderont, ou l’Américain moyen recevra sa part.

 

Une étude publiée en automne 2004 par Martin Gilens et Benjamin Page, respectivement professeurs à Princeton et à Northwestern, révèle l’ampleur du défi. Gilens et Page ont analysé 1 799 projets et déterminé l’influence relative des élites financières, des groupes bancaires, des groupes d’intérêts populaires et du citoyen moyen. Leur conclusion se résume ainsi : les préférences de l’Américain moyen ont un impact proche de zéro, donc statistiquement insignifiant.

Par contre les législateurs vont favoriser les intérêts financiers dont les lobbies sont les plus efficaces et les investissements dans les campagnes électorales les plus considérables.

Cette conclusion donne à réfléchir quand nous considérons que les données des deux auteurs appartiennent à la période 1981-2002, c’est-à-dire avant que la Cour Suprême n’ait décidé d’ouvrir toutes grandes les vannes qui permirent à « Citizens United » d’inonder la sphère politique de leur pouvoir financier. Leur conclusion est également antérieure à la création des « super PAC », à l’apparition de « l’argent sombre » et même au renflouement des banques. Si l’influence de l’Américain moyen était alors « près de zéro », elle est nulle aujourd’hui.

 

Ce qui explique le paradoxe que j’ai rencontré il y a quelques mois lors d’une tournée à l’intérieur du pays : je ne manquais jamais de rencontrer des gens qui me disaient hésiter entre Sanders et Trump. J’ai d’abord été stupéfait, ces deux candidats étant diamétralement opposés. Mais comme je continuais de les écouter, je fus surpris d’entendre le même refrain. Ils voulaient mettre fin au capitalisme de copinage. Ils détestaient le « bien-être social pour les entreprises » et le renflouement de Wall Street. Ils voulaient mettre fin à l’arnaque des grandes banques, aux niches fiscales pour les partenaires des hedge funds, à l’escroquerie de l’industrie pharmaceutique et des compagnies d’assurances, à la relocalisation à l’étranger des usines, bref ils voulaient bannir le grand capital de la sphère politique.

 

C’est ainsi que j’ai découvert le volcan qui bouillonne sous ces élections. C’est ainsi que je compris que si vous êtes l’un de ces millions d’Américains qui même en travaillant plus dur que jamais piétine, si vous savez que le système politico-économique est truqué et qu’il est en faveur des riches, que vous reste-t-il à faire ?

Soit vous vous laissez séduire par un dictateur sans scrupule dont le slogan « Make America Great Again ! » vous promet de refouler tous ceux dont le physique est différent du vôtre, de créer un surplus d’emplois sans précédent et dont l’audace montre bien que rien ni personne ne pourra l’arrêter. Il est en outre tellement riche qu’il est incorruptible.

Soit au contraire vous choisissez un activiste qui vous dit les choses telles qu’elles sont, un parlementaire qui n’a pas dévié de ses convictions depuis cinquante ans, qui refuse d’acceptera un seul sou des grandes corporations, des riches ou de Wall Street, et qui est le fondateur d’un mouvement populaire pour la révolution, le contrôle de la démocratie et de l’économie.

En d’autres termes ou vous êtes pour un dictateur qui vous promet monts et merveilles, ou vous votez pour un révolutionnaire qui compte sur votre appui pour redonner la parole au peuple.

 

Guy Levilain est l’auteur d’une trilogie consacrée aux problèmes humains de l’Indochine coloniale vue à travers la saga de deux générations d’Eurasiens.
Il est également l’auteur de Don Pablo, fantaisie donjuanesque, suivie de La Abuelita, fantaisie mexicaine.
Pour lire un échantillon de ces romans, cliquez sur la page de couverture.

 

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