Que pouvons-nous dire à nos enfants ?

child« Maman, qu’est-ce qui s’est passé ? » Cette question nous a été posée il y a dix mois. Elle nous est reposée aujourd’hui. Que pouvons dire aux enfants de cinq ou six ans qui, stupéfaits, ont entrevu ou vu des scènes de carnage à la télé, et qui, confondus, ont entendu des remarques et des commentaires souvent inquiétants. Comment leur expliquer la désolation, l’effroi et la rage qu’ils ont ressenti autour d’eux ?

Les psychologues nous conseillent de leur répondre dans un langage simple, concis et direct. « Il s’est passé quelque chose d’horrible. Il y a eu des morts et des blessés, mais n’aie pas peur. Nous sommes en sécurité. » Cette réponse devrait satisfaire les petits de cinq ou six ans. Rassurés, ils penseront à autre chose. Mais tout se complique quand ils sont plus âgés. Attendons-nous à ce que les « pourquoi » pleuvent, et c’est là qu’il y a problème. Car savons-nous tous pourquoi ? Avons-nous des données à notre disposition? Si oui saurons-nous en démêler toute la complexité pour être à même de leur donner une réponse claire et honnête ? Ou dans le feu de la révolte allons-nous au contraire nous laisser entraîner par nos émotions et nos préjugés latents pour verser dans la haine de l’Autre et jouer le jeu des démagogues ?

 

« Cœur chaud et tête froide. » Voilà l’attitude que la sagesse nous impose. Mais combien de parents en sont-ils capables ? La question est cruciale parce que la réponse décidera de l’avenir de notre prochaine génération. Car c’est en écoutant les propos de nos aînés que nous acquérons nos valeurs morales. C’est la famille d’abord, puis le milieu qui nous façonne. C’est enfin dans nos rapports sociaux que nous nous humanisons, et surtout comme l’a mentionné le généticien Albert Jacquard, c’est la manière dont nos relations avec l’Autre se mettent en place qui fait de nous des humains ou des brutes.

 

Parlons de ces derniers. Personne n’est raciste, antisémite, sexiste ou homophobe de naissance. C’est le milieu familial, celui du travail, du groupe ou du clan qui nous y conduit. Au besoin, pour accélérer le processus et contrôler ce formatage tous les dictateurs ont eu recours à l’école, à l’instruction civique et aux organisations nationalistes qui, poussées à leur extrême logique nous ont donné les jeunesses hitlériennes, mussoliniennes et franquistes auxquelles il convient d’ajouter nos Chantiers de jeunesse, Compagnons de France et Jeunesse Française et d’Outre Mer fondés sous l’égide du Maréchal pour la propagation de l’antisémitisme, du fascisme et du collaborationnisme. Tous les régimes extrémistes sans exception, ceux d’hier et d’aujourd’hui ont eu et ont encore recours à ces procédés pour propager leur politique d’extermination, car « Ce n’est pas avec des gens éclairés qu’on commet des massacres, il faut de la haine, de l’aveuglement et un bon réflexe à la démagogie. » écrivait Boualem Sansal (Le village de l’Allemand, Gallimard, 2008)

 

Il est évident que dans la conjoncture actuelle, nous, progressistes, craignons les retombées dangereuses des derniers attentats, car l’extrême droite toujours à l’affût d’un événement propice ne manquera pas d’exploiter les massacres du 13 novembre dernier pour propager son message de division et de haine.

J’espère enfin que la plupart des parents auront eu la sagesse de choisir les mots qui répondent à la curiosité de leurs enfants sans toutefois perturber leur innocence, et qu’ils continueront de les suivre de près pour corriger sur-le-champ les ragots qu’ils ramèneront de l’école ou de la rue.

 
P.S. On a retrouvé au Bataclan un passeport syrien appartenant à l’un des terroristes. Je me suis demandé pourquoi un kamikaze en mission aurait sur lui son passeport, mais les empreintes digitales ont prouvé qu’il en était le porteur. J’entends déjà ce cri : “Un kamikaze arrivé en Europe avec le flot des réfugiés!” et je frémis.

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