L’idéologie dominante, et la manipulation des masses.

http://quenelplus.com/revue-de-presse/les-dix-strategies-de-la-manipulation-par-noam-chomsky.htmlNous nous demandons souvent pourquoi des gens apparemment intelligents, dotés d’un solide bon sens, d’une bonne culture générale et solidement attachés à la tradition démocratique n’arrivent pas à voir qu’ils votent contre leurs propres intérêts en s’identifiant à un régime qui les berne, et nous berne tous. Et nous concluons – avec raison, qu’il leur manque les rudiments d’une culture politique capable de leur ouvrir les yeux. Cette constatation faite, il faut aller plus loin et nous demander pourquoi ils n’ont pas pu atteindre à la conscience de classe qui les aurait libérés des idées et des valeurs reçues.

Pour moi, la culture politique c’est comprendre le mécanisme qui régule le fonctionnement du monde. A cela, il y a différentes approches. Référons-nous à l’analyse socio-économique de Marx et Engels. Selon leur schéma, nos sociétés se composent d’une infrastructure (base) et d’une superstructure qui en est l’émanation. L’infrastructure désigne les conditions de production (propriété des moyens de production), les forces productives (niveau technologique) et les rapports de production (division du travail et classes sociales). La base engendre la superstructure dont le rôle est de valider les constituants de la base en lui donnant un caractère juridique et légal, et de créer en outre tout un système de valeurs qui constitue notre civilisation et notre culture.

Selon Marx la superstructure comprend trois paliers : 1) les formes politiques et juridiques qui définissent l’Etat, 2) leurs représentations intellectuelles, c’est-à-dire les institutions, les lois, la philosophie, la morale, la religion, les arts, etc. et enfin 3) la conscience de soi qui est la somme des idées que l’on se fait de soi-même. Selon Marx, cette conscience de soi n’est qu’une illusion, une « vue de l’esprit » parce que conditionnée par la nature de la société, elle ne peut être intrinsèque.

Ainsi tout au long des siècles notre perception du monde et de notre « situation » dans celui-ci a engendré un phénomène qu’Emile Boirac (1851-1917) appelle subconscient collectif, autrement dit un fonds ou capital commun dont nos esprits sont imprégnés. Selon le sociologue Saïd Bouamama, « le processus de construction d’un ‘roman national’ fut mis en œuvre afin d’assurer l’hégémonie culturelle de la classe dominante (domination indirecte). Les ingrédients de ce roman national sont essentiellement la diffusion des ‘légendes nationales’ : pensées des Lumières, Révolution française et Déclaration des droits de l’homme, école républicaine et laïcité, etc. » L’auteur précise en outre qu’ « A la différence du mythe, la légende s’appuie sur quelques faits historiques identifiables qui sont absolutisés. Au travers de l’absolutisation de la pensée des Lumières et de la Révolution française, la classe dominante vise à présenter l’histoire française comme n’étant pas le résultat des affrontements sociaux mais comme résultat du déploiement d’un génie et /ou d’une ‘spécificité’ française transversal aux différentes classes sociales. Il y aurait ainsi des caractéristiques proprement françaises qui situeraient cette nation au-dessus des autres, en avance sur les autres, en avant-garde de l’émancipation et de la civilisation. »

Les plus « anciens » d’entre nous se souviennent certainement de l’histoire de France racontée par Ernest Lavisse dans sa série de livrets connus sous le nom de « petits Lavisse ». Comme ces manuels nous remplissaient d’admiration et d’orgueil pour notre patrie ! Ainsi nous comprenons à fortiori comment au XIXème siècle une éminence telle qu’Ernest Renan – membre de l’Académie française et admirateur de l’ « Essai sur l’inégalité des races » de Gobineau, pût devenir le chantre du « racisme scientifiquement prouvé » et du colonialisme érigée en raison d’Etat sous la IIIème République ; comment au siècle dernier d’autres intellectuels tels de Barrès et Maurras qui, malgré leurs divergences, sont devenus les défenseurs les plus virulents d’un nationalisme xénophobe et antisémite ; et comment de nos jours nous avons pu assister à la dérive vers l’extrême droite des prétendus socialistes et autres pseudo-républicains. Tout cela au nom de la France éternelle.

Et de nos jours la propagande officielle continue, et de plus belle, grâce aux moyens de communication de ce siècle. Car outre sa main mise sur le législatif et l’exécutif, l’armée et la police, les démagogues et la presse, l’Etat dispose aujourd’hui des réseaux médiatiques multiples et omniprésents que nous savons. Par conséquent, plus dangereuse encore que le dérapage idéologique (et opportuniste) des sommités intellectuelles et politiques est celui qui menace le peuple. En effet, dépolitisé et désinformé par les médias, dégoûté et désarmé devant les problèmes économiques, sociaux et raciaux qui le dépassent, aliéné et abruti par les émissions télévisées – sa seule distraction – et surtout sollicité par les démagogues de l’extrême droite, celui-ci risque de sombrer dans la tentation fasciste. Voilà le danger que nous devons tous confronter.

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