Les ZUS et les « hameaux stratégiques » de la guerre du Vietnam

4476609_3_545x460_autocropLors de la guerre du Vietnam – phase étasunienne, 1965-1975 – les « hameaux stratégiques » furent aménagés pour protéger la population rurale de l’infiltration Viet-Cong. A cause des problèmes de logistique (relocation forcée et révolte des paysans) exacerbés par la corruption systémique du gouvernement de Ngo Dinh Diem (les indemnités promises ne furent jamais payées) ce programme qui devait être un cordon sanitaire contre le communisme fut un échec aussi coûteux que retentissant pour les USA et leurs alliés.

 

Les ZUS de nos banlieues ressemblent étrangement à ces « hameaux stratégiques » par leur caractère ségrégatif. En effet, il s’agit bien de confiner une minorité ethnique – en majorité d’origine maghrébine – dans des cités pour les isoler de l’ensemble de la population. La seule différence est que ces zones stratégiques ne visent plus à protéger leurs habitants des dangers extérieurs mais au contraire à les mettre en garde à vue.

 

J’ai partagé sur FB plusieurs articles sur les conséquences catastrophiques d’une telle politique et, comme leurs auteurs, je suis convaincu que marginaliser, exclure et ghettoriser certains de nos concitoyens – qui sont pour la plupart Français – ne peut que les radicaliser et les pousser dans les bras des djihadistes. Les derniers attentats à Paris et à Bruxelles le confirment. (Les liens de ces articles sont en bas de page.)

 

Je vous propose deux petits textes sur la vie dans nos cités. Extraits de Le village de l’Allemand de Boualem Sansal, ces témoignages sont un cri de désespoir et d’alarme.

 

Le commissariat est une baraque en parpaing creux et verre blindé plantée à la frontière de la cité. Les flics me connaissent. Babar qui était de service au comptoir de renseignement m’a fait un geste du pouce. Il désigne le couloir. Je connais, le bureau du chef est au bout. Porte capitonnée. Com’Dad (le Commissaire Daddy) est chez nous depuis une dizaine d’années. J’ai commencé la cité en même temps que lui, j’arrivais d’Algérie, il débarquait d’une autre banlieue, quelque part dans le Nord. Un spécialiste des ZUS. Je ne sais pas s’il a avancé chez nous. A mon avis non, c’est toujours pareil sauf que les petits voyous ont grandi, que les grands ont grossi et que les vieux balafrés jouent les parrains revenus de la guerre.

Quant aux autres, les familles, les gens, ils vivent leur vie comme avant, un peu de travail, un peu de chômage, un peu d’hôpital. Les jeunes sont dans le circuit du social ou dans le circuit scolaire, ou entre les deux, le circuit de la galère. Rien de changé depuis dix ans sinon l’arrivée des islamistes, ces derniers temps. Il paraît que c’est à cause de la guerre en Algérie, à Kaboul, là-bas au Moyen-Orient, et je ne sais où. Ils auraient fait de la France une base de repli, une plaque tournante. En tout cas, ils nous ont niqué la vie, c’est à cause d’eux qu’on traîne jusqu’à plus soif.

Putain de leurs morts, en deux temps trois mouvements, ils ont levé des troupes et pris le pouvoir. Le temps d’ouvrir les yeux, tout était changé, la mode et le reste. Le vide n’a pas tardé. L’économie délocalisée, les commerces, les bureaux, le petit trafic qui aidait les chômeurs à patienter. C’est leur technique, boucher les horizons, faire du bruit à l’Est et appauvrir les gens pour les rapprocher du paradis. Des moutons qu’ils pilotent au doigt et à l’œil. Nous en avons été les copains et moi, Raymou et Momo surtout, un peu parce que nous avons gobé le discours de leur führer, « Engagez-vous, vous aurez tout, l’argent et la djina » un peu parce qu’ils nous collaient à la djellaba, on ne pouvait pas montrer le nez sans les voir débouler au pas de gymnastique et nous réciter les dix commandements du kamikaze. Putain de leurs morts, en fait de djina, nous avons fréquenté le commissariat, le tribunal, les stages forcés. Il ne manquait que le bagne. Nous étions marqués pour la vie. Com’Dad nous a talonnés de près, puis quand il a vu qu’on revenait de ces bondieuseries à la Mad Max, il nous a aidés avec la mairie. On s’est tapé des formations, des apprentissages, des visites organisées, des palabres avec les députés. Ça ne mène à rien mais ça occupe…

 

Je terminerai avec la lettre que le narrateur du texte ci-dessus a adressée au Ministre de l’Intérieur :

 

Monsieur le Ministre de l’Intérieur,

 

Si quelqu’un dans ce pays sait ce qui se passe dans notre ZUS, c’est vous. Notre commissaire, M. Daddy, vous écrit sûrement et plus souvent qu’il ne devrait car il est très engagé, il vit avec nous, il se démène et nous savons qu’il souffre de ne rien pouvoir faire de plus. C’est un légaliste, voilà son problème. Les islamistes ont colonisé notre cité et nous mènent la vie dure. Ce n’est pas un camp d’extermination mais c’est déjà un camp de concentration…

Peu à peu, nous oublions que nous vivons en France, à une demi-heure de Paris, sa capitale, et nous découvrons que les valeurs qu’elle proclame à la face du monde n’ont en réalité cours que dans les discours officiels. N’empêche qua malgré toutes nos tares, nous y croyons plus que jamais. Tout ce que nous nous interdisons en tant qu’hommes et citoyens français, les islamistes se le permettent et nous refusent le droit de nous plaindre car, disent-ils, c’est Allah qui l’exige et Allah est au-dessus de tout. A ce train, et parce que nos parents sont trop vieux pour ouvrir les yeux et nos gamins trop naïfs pour voir plus loin que le bout de leur nez, la cité sera bientôt une république islamique parfaitement constituée. Vous devrez alors lui faire la guerre si vous voulez seulement la contenir dans ses frontières actuelles. Sachez que nous ne vous suivrons pas dans cette guerre, nous émigrerons en masse ou nous nous battrons pour notre propre indépendance.

Je n’attend pas grand chose de vous, je crois seulement qu’il est bon de faire ce qui se doit, alors je le fais : je vous écris. Je pense que vous me répondrez sans faute et très rapidement, c’est une qualité de l’administration française reconnue que vous aurez à cœur de confirmer. Vous me direz tout le bien que vous aurez pensé de ma démarche citoyenne et vous me dresserez un topo sur les actions engagées par vous et votre gouvernement à l’effet de restaurer la république dans notre cité. Si ce sont là les termes de votre missive, ce dont je suis sûr, alors il est inutile de me l’envoyer puisque j’en connais l’air et la musique.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma rage citoyenne d’être votre humble administré placé sous juridiction islamique.

 

Notes:

Les articles sur FB qui traitent des ZUS sont les suivants:

 

– http://www.causeur.fr/nadia-remadna-banlieues-islamisme-36471.html

 

– http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1495342-j-enseigne-l-histoire-geo-a-saint-denis-l-avenir-de-la-france-se-joue-dans-les-banlieues.html

 

http://www.lopinion.fr/edition/politique/integration-a-sens-unique-94400

 

Guy Levilain est l’auteur d’une trilogie consacrée aux problèmes humains de l’Indochine coloniale vue à travers la saga de deux générations d’Eurasiens.

 

Il est également l’auteur de Don Pablo, fantaisie donjuanesque, suivie de La Abuelita, fantaisie mexicaine.

 

Pour lire un échantillon de ces romans, cliquez sur la page de couverture.

 

 

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