Le pétrole de l’Iran, la Révolution Iranienne et la chute des dominos.

IsisNous savons que le conflit qui déchire aujourd’hui le Moyen-Orient a commencé avec la découverte du pétrole en Iran (1908) et la mainmise occidentale sur les ressources de ce pays (1953-1979). La Révolution iranienne qui conduisit à l’établissement de la République islamique de 1979 mit fin à un quart de siècle de néo-colonialisme. Ce défi lancé à l’Occident eut un tel impact sur la politique des USA et celle de l’Europe vis-à-vis du Moyen-Orient qu’il nous est nécessaire d’y revenir et de passer en revue les événements qui se sont succédé au cours des trois dernières décennies pour comprendre le processus inélectable qui nous a précipités dans le bourbier actuel.

 

 

En guise de rétrospective, je vous propose quelques pages d’un article de Garry Leech que je me suis permis d’abréger et d’éditer. Intitulé “L’extrémisme islamique est un sous-produit de l’impérialisme occidental” ce texte nous indique les grandes étapes d’un conflit qui – à cause de ses enjeux – concerne toutes les nations occidentales. En effet la question que se pose l’auteur à la fin de son exposé est troublante: Quelle nouvelle monstruosité encore plus extrémiste sommes-nous en train de créer par nos interventions militaires et notre politique impérialiste en cours dans le monde musulman ?”

 

 

“La même année où l’Iran devenait un état islamique, l’Union Soviétique envahissait l‘Afghanistan pour défendre le régime impopulaire qu’elle avait soutenu. Les rebelles moudjahidines –comme les révolutionnaires islamiques en Iran – se battaient contre une dictature soutenue par l’occident. Cette fois, les impérialistes étaient les communistes athées de l’Union Soviétique.

 

L’invasion soviétique de l’Afghanistan ne fit que renforcer la force des moudjahidines… Des dizaines de milliers de recrues vinrent de l’Arabie Saoudite, ce qui contribua à ce que le mouvement fondamentaliste connu sous le nom de Wahbahism se transformât en une force religieuse majeure à travers le monde musulman sunnite.

 

Les États-Unis qui voyaient l’occupation soviétique de l’Afghanistan à travers le prisme de la Guerre Froide commencèrent à aider les rebelles. Au cours des années 1980, Washington procura aux moudjahidines des armes pour un montant de 4 milliards de dollars, et le Président Ronald Reagan fit publiquement référence à ces derniers comme « combattants de la liberté. » L’un des moudjahidines récipiendaires de l’aide états-unienne était un Saoudien dénommé Osama ben Laden.

 

L’objectif principal de la guerre pour ce « combattant de la liberté » était le retrait des forces militaires occidentales des terres musulmanes. Les moudjahidines remportèrent leur guerre sainte en 1989 lorsque l’Union Soviétique retira ses troupes. Puis, en 1996, suite à une guerre civile qui opposa diverses factions des moudjahidines, celle victorieuse et récemment constituée des Talibans jetait les bases d’une nouvelle organisation qui prendrait le nom d’Al-Qaïda. La cible était cette fois les troupes états-uniennes basées en Arabie Saoudite et au Koweït après la première Guerre du Golfe. Par conséquent, de « combattant de la liberté » ben Laden devint « terroriste » du jour au lendemain bien que sa mission fût inchangée, seule la cible l’était.

 

La conséquence de ces actions impérialistes fut l’émergence de puissantes forces d’extrémistes islamiques… se nourrissant du militarisme occidental dans le monde musulman, du soutien occidental aux régimes corrompus du Moyen-Orient et du soutien à Israël et à son occupation illégale des territoires palestiniens.

 

Suite aux attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont lancé leur guerre contre la terreur et ciblé le groupe extrémiste islamique en Afghanistan. Toutefois, l’administration Bush a aussi cherché à exploiter les attentats du 11 septembre pour justifier l’expulsion de Saddam Hussein du pouvoir en Irak.

 

Des personnages haut placés de l’administration Bush ont lancé une vaste propagande et une campagne de désinformation pour convaincre le peuple américain que Saddam Hussein était directement impliqué dans les attentats du 11 septembre et qu’il était lié à Al-Qaïda, ce qui était faux dans les deux cas. Ils ont aussi présenté Saddam Hussein comme une menace terroriste parce qu’il possédait des armes de destruction massive, ce qui était également mensonger.

 

En mars 2003, le président George W. Bush donna l’ordre à l’armée états-unienne d’envahir l’Irak sans l’autorisation du Conseil de Sécurité de l’ONU et en violation directe du droit international. Quatre jours avant l’invasion, le vice prédisent Dick Cheney déclara, « Du point de vue des Irakiens, j’ai la conviction, qu’en fait, nous serons accueillis en libérateurs. » Mais un an plus tard un sondage d’opinion détaillé effectué à l’échelle nationale montra que 71% des Irakiens considéraient les troupes états-uniennes comme des « occupants » plutôt que comme des « libérateurs. » Une telle réaction n’aurait pas dû être une surprise étant donné que l’invasion et l’occupation avaient fait 100 000 morts irakiens.

 

L’occupation militaire souleva une insurrection qui chercha à expulser les troupes d’occupation étrangères. Avant l’invasion états-unienne il n’y avait pas de groupes extrémistes islamiques en Irak. Mais l’émergence d’un mouvement insurrectionnel aux tendances diverses et le chaos qui suivit l’invasion fut un appel d’air pour Al-Qaïda. Et c’est à partir de ces deux entités – les insurgés et Al-Qaïda – qu’est né l’État Islamique fondamentaliste en 2006 (connu d’abord comme l’État Islamique d’Irak et de Syrie, ou ISIS).

 

La guerre civile syrienne de 2011 permit à l’État Islamique de pénétrer en Syrie où il se renforça considérablement et commença à consolider son contrôle territorial. Ensuite, il recentra ses efforts sur l’Irak et infligea aisément la défaite à la nouvelle armée irakienne entraînée par les États-Unis et consolida son contrôle du nord du pays en 2014. Pendant ce temps, l’intervention militaire de l’Occident en Libye contribua à faire de ce pays un état en faillite et ouvrit la porte à l’État Islamique lui offrant une tête de pont dans cette partie d’Afrique du Nord.

 

Il ne faut pas s’étonner, comme cela a été le cas dans le reste du monde au cours des 500 dernières années, qu’il y ait au Moyen-Orient une rancune et une colère généralisée envers l’Occident. Finalement, l’une des caractéristiques les plus inquiétantes peut-être de l’impérialisme occidental dans le monde musulman, c’est le fait que chaque conséquence a été plus extrême que la précédente. Al-Qaïda et les Talibans étaient bien plus extrémistes que le gouvernement islamique qui arriva au pouvoir en Iran. Et l’État Islamique est encore plus extrémiste qu’Al-Qaïda.

 

Ce qui nous amène à la question : Quelle nouvelle monstruosité encore plus extrémiste sommes-nous en train de créer par nos interventions militaires et notre politique impérialiste en cours dans le monde musulman ?”

 

Garry Leech, 12 avril 2016

 

Guy Levilain est l’auteur d’une trilogie consacrée aux problèmes humains de l’Indochine coloniale vue à travers la saga de deux générations d’Eurasiens.

 

Il est également l’auteur de Don Pablo, fantaisie donjuanesque, suivie de La Abuelita, fantaisie mexicaine.

 

Pour lire un échantillon de ces romans, cliquez sur la page de couverture.

 

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