Le petit Prince et moi

Le petit Prince et Moi(1)Samedi matin l’Empereur, sa femme et le petit Prince sont venus chez moi pour me serrer la pince, comme l’enfant était ravi, ses parents m’ont dit « puisque c’est comme ça nous le reprendrons lundi… » Et c’est ainsi que ma petite puce – clin d’œil à Robert C – a débarqué chez nous. En vérité notre petite puce est un puceron qui se prénomme Ti-Simon. Le voilà donc qui se jette dans les bras de sa grand-mère et m’envoie un baiser. Nous sommes en joie de l’avoir pour le week-end.

 

Imaginez un petit bonhomme de 18 mois aux joues rebondies et au sourire réjoui, un petit bout de chou toujours gai comme un pinson. Bien intégré dans la société des hommes et des femmes, des enfants et des animaux, il accueille avec enthousiasme la vie qui s’ouvre à lui, bien décidé à la vivre dans toute ses dimensions.

Comme il vient de découvrir les joies de l’ambulation et de la vocalisation il s’y entraîne avec ardeur. Quelle boule d’énergie ! En dehors des siestes, plus aucun répit de toute la journée ! Il faut à tout instant suivre Monsieur Tornade de l’œil ou même au pas de course quand de la démarche chaloupée des marins en goguette il s’élance à la découverte du monde renversant les obstacles sur son chemin, s’en amusant – il a découvert la loi de la pesanteur – multipliant ses expériences newtoniennes en les ponctuant de quelques sons, toujours les mêmes, mais dont les riches intonations expriment très clairement ce qu’il veut dire. « Na ? Na-na-da ? » Ça veut dire « Tiens, voyons voir ! Qu’est-ce que ça peut être ? Ça se mange ? Non, mais c’est toujours bon à sucer ! » Ou encore, le doigt pointé « Je veux ça. Je le veux ! Vous dites non ? Vous m’offrez autre chose ? Bon, j’accepte. » Car malgré la fermeté de sa petite voix il est conciliant. D’esprit ouvert, dénué de préjugés, de tabous et de blocages, il accueille toutes les nouveautés sans aucun parti pris. Une grande leçon pour nous les adultes trop souvent attachés à nos idées reçues…

 

Pleure-t-il quelquefois ? Oui, mais rarement et jamais longtemps. Pardi, nous sommes constamment à son service, toujours prêts à satisfaire ses moindres désirs ! Nous le nourrissons dès qu’il a faim, l’abreuvons dès qu’il a soif, l’amusons dès qu’il s’ennuie et le changeons dès qu’il manifeste son inconfort. Comme le Roi Soleil, il exige que nous assistions à son réveil, que nous lui fassions fête, que nous l’habillions et le pomponnions. Et le soir, le rituel du coucher royal se répète. Alors de quoi se plaindrait-il ?

 

Nous l’aimons bien notre petit despote. Plein de bienveillance, il nous gratifie toujours de son doux sourire. « J’apprécie vos soins » semble-t-il nous dire, et c’est assez pour faire notre bonheur. Comme pour nous montrer qu’il n’est pas « si exigeant que ça », il nous étonne par sa bonne volonté. A table, par exemple, à l’encontre des gamins qui n’aiment pas ceci ni cela, notre Ti-Simon est un mangeur éclectique et un fin gourmet. Il a bien entendu son régime alimentaire – plutôt fade, semble-t-il nous dire – quand pointant du doigt vers nos plats il s’écrie « A-da, na-na ! » Ça veut dire « j’en veux, j’en veux ! » Alors c’est un plaisir de le voir se délecter d’un peu de sauce sur son bouilli, ses légumes, ses viandes ! Une olive noire ? Un dé de carotte, de céleri crus ? Pas de problème. Un bout de pain tartiné de Brie, pourquoi pas ? Heureux, il mâchonne gravement de ses huit incisives et s’étonne de nous voir sourire.

Un enfant parfait ? Oui, autant qu’un enfant puisse l’être. Parfait et heureux. Elevé dans l’affection et la tendresse, choyé dans son foyer, dorloté par ses grands-parents – il en a quatre, le veinard! ses oncles et ses tantes, tout contribue à son plein développement physique et mental. Car s’il est vrai qu’il faut tout un village pour élever un enfant, heureux sont ceux qui comme Ti-Simon ont l’appui d’une famille élargie prête à l’entraide.

 

Aussi, dimanche soir, alors qu’à son chevet je fredonnais « Dodo l’enfant-do, l’enfant dormira bien vite… » et qu’il fermait les yeux, je lui ai murmuré « Tu as bien de la chance, mon petit-fils, la chance d’avoir de bons parents et toute une grande famille prête à prendre soin de toi. Tu as la bonne fortune de pouvoir t’endormir dans le calme et le confort d’une chambre aménagée rien que pour toi. Quel luxe ! Comprends, Ti-Simon, que tu as gagné le gros lot de la vie ! Les circonstances ont voulu que tu ne sois pas né dans un pays en guerre, que tu ne sois ni Syrien ni Palestinien, ni Nigérien ni Malien ; le hasard a voulu t’épargner l’exode et les camps, la misère et les barbelés. Un jour tu comprendras que tu es né privilégié. Plein de gratitude envers la providence je souhaite que tu te tournes alors vers les malheureux de la terre et leur tende la main. »

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