Langue et langage à l’heure du « politicalement correct »

Male-female-symbolLe mouvement « politiquement correct », PC, vise à remplacer les mots ou locutions qui risquent de heurter certaines communautés de nos sociétés de plus en plus polarisées. Il exprime donc un désir de civilité, d’intégration et de justice. A cela je dis bravo, surtout quand il s’agit d’inclure à part entière l’autre moitié de notre population – les femmes – qui constituent… la plus grosse moitié.

 L’homme et la femme sont égaux devant la loi. En principe. Malheureusement la réalité est tout autre quand on considère que toutes les sociétés, cultures et religions sont encore plus ou moins phallocratiques. L’égalité complète de la femme demeure un objectif à atteindre. Pourtant je crois que l’égalité de fait sera plus facile à atteindre que l’égalité du masculin et du féminin dans le langage.

Je m’empresse de préciser que je ne parle pas de la féminisation des métiers. Cette question a déjà fait l’objet de grands et – tumultueux débats. Je ne parle pas non plus de la règle de grammaire selon laquelle l’adjectif qui qualifie plusieurs noms de genres différents s’accorde  au masculin. (A ce propos consultez le lien ci-dessous.)

Je parle du langage politiquement correct en vigueur dans le monde anglophone qui exige que pour inclure les femmes l’on dédouble les pronoms personnels sujets à la 3ème personne (he /she) ainsi que les adjectifs possessifs à la 3ème personne (his/her) dans les phrases les plus courantes.

 Exemples :

The person in charge, whomever she/he is, will decide.

– The future President will impose his/her will.

 Traduit dans cet esprit nous aurions en français :

– Le/la responsable, quel/quelle qu’il/qu’elle soit, décidera.

– Le/la futur(e) Président(e) imposera sa volonté.

 (Heureusement pour nous, la distinction entre les possessifs his/her du second exemple n’existe pas en français, ce qui simplifie les choses.)

 Je me demande si les féministes de France – femmes et hommes – accepteront d’alourdir ainsi, voire mutiler le beau langage pour la défense de l’équité qui, si elle était appliquée et respectée dans tous les domaines de l’activité humaine, aurait pour résultat immédiat de désarmer et de rendre caduque la phraséologie traditionnelle. Pour paraphraser Boileau je dirai que si vous concevez bien la notion d’égalité, votre énonciation sera claire et les mots pour le dire combleront d’aise femmes et hommes. J’ajouterai que si ces mots n’existent pas, inventons-les. J’espère donc que le souci d’inclusion ne nous conduira pas à imiter la mixcité  maladroite des constructions anglaises qui, acceptable dans le jargon officiel, ne le serait pas en littérature, du moins à mon avis.

Quelles que soient les innovations à venir, nous savons que l’Académie s’insurgera, et avec elle tous les tenants des traditions surannées pour qui le caractère linguistique du débat ne sera qu’un prétexte. Attendons-nous à une nouvelle Bataille d’Hernani.

Lectrices et lecteurs, je vous invite à m’éclairer de vos commentaires.

En supplément, consultez « Genre, le désaccord » l’excellent article de Anne Chemin :

http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/01/14/genre-le-desaccord_1629145_3246.html

Merci pour le partage