« La France est un pays de race blanche… » (Nadine Morano) Présage d’un « White Only » au pays des Lumières?

2qeesf_bfssgq-r-lblknp84qsagprsowrfv4ybazh4Cela fait 200 ans que les abolitionnalistes et les progressistes des Etats-Unis ont milité pour la cause des Noirs. Leur conscience l’exigeait, et ils ont agi avec un courage souvent héroïque. Mués par un élan missionnaire, ils étaient convaincus que le racisme résultait de l’ignorance et de l’orgueil – une lacune intellectuelle et un péché capital susceptibles d’être remédiés par l’éducation civique et religieuse.

Pour contrer le mythe de l’infériorité des Noirs ils ont énuméré la riche contribution des esclaves-artisans et inventeurs, puis celle de leurs descendants dans le domaine des sciences et des arts ; de la musique et du spectacle ; du sport et de la politique, sans parler bien entendu de leurs sacrifices sur les champs de bataille. Pour donner plus de poids à leurs arguments ils ont ajouté que les Noirs souhaitaient s’intégrer dans la société dominante et s’y fondre à l’instar des générations d’Européens qui au cours des siècles ont fait de « l’Amérique » le plus beau melting pot du monde. E pluribus unum.

Projet à la fois paternaliste, eurocentrique et utopique, dirons-nous aujourd’hui, car il envisageait – et cela sans aucune refonte des institutions, point capital sur lequel nous reviendrons – d’unir dans une communauté exclusivement blanche un groupe ethnique mis en esclavage pendant trois siècles, soumis aux lois Jim Crow d’un apartheid légal jusqu’en 1956, et victimes encore aujourd’hui de violence policière et d’injustices sociales.

Pour les besoins de la discussion supposons qu’une immersion dans le fameux melting pot soit possible. Serait-elle la solution que souhaite la majorité des Noirs? J’en doute, car toute assimilation conduit nécessairement à la destruction de la culture dominée au profit de la culture dominante érigée en valeur universelle. Une telle politique serait suicidaire, car la perte du patrimoine ne pourra qu’entraîner la dépersonnalisation et l’aliénation culturelle des minorités. (Que l’on songe à la misère morale et physique des Amérindiens des USA.) Trois auteurs, pour ne citer que ceux-là, Aimé Césaire, Frantz Fanon et Albert Memmi ont dénoncé l’assimilation, pierre angulaire de la « mission civilisatrice », le premier dans Cahier d’un retour au pays natal, le second dans Peau noire et masques blancs, le troisième dans Portrait du colonisé, suivi du portrait du colonisateur.

Pourtant, en dépit de leur approche purement réformiste, les divers mouvements pour le progrès social ont accompli des changements louables à la fin du XX ème siècle. Parmi ces accomplissements notons deux décisions importantes, le Voting Right Act de 1965 qui donna le droit de vote aux minorités, et le Roe v. Wade Decision de 1973 qui légalisa l’avortement. Vivement applaudis par les militant/es pour les droits civiques et l’émancipation de la femme, les couches les plus libérales de la société crurent à l’avènement d’une ère nouvelle, et beaucoup virent dans l’élection de Barack Obama la consécration de leurs aspirations. Malheureusement ils n’avaient pas compris que sans une lutte permanente pour la refonte totale du système, ces progrès sociaux, aussi importants qu’ils soient, n’ont eu aucun impact sur la structure du régime. Non seulement elle est restée en place, mais elle s’est considérablement consolidées.

(Que les démocrates ou les républicain soient au pouvoir, la collusion du gouvernement et de Wall Street a toujours prévalu, et elle est aujourd’hui d’une transparence éhontée. Les exemples de corruption sont nombreux. Limitons-nous à celui-ci : avec la complicité de la Cour Suprême les super PAC et les clubs de milliardaires tels que Citizens United peuvent désormais financer à discrétion les campagnes électorales. Les lobbies délirent depuis le triomphe de Trump. Tout s’achète. Il suffit d’y mettre le prix. « Money talks ! » dit-on aux Etats-Unis. Et jamais l’argent n’a parlé si haut et si fort.)

Cela explique pourquoi et comment la campagne électorale d’un Donald Trump a pu en moins d’un an ranimer et projeter sur la scène politique les forces les plus rétrogrades des Etats-Unis. Et ce n’est qu’un début. Sa présidence – et surtout l’accès au pouvoir des vautours qui l’entourent – liquideront bientôt des décennies de gains amèrement conquis.

(Par ailleurs il est certain que Trump et ses acolytes profiteront du régime pour s’enrichir. La question est de savoir jusqu’où ira leur avidité et surtout quel sera son impact sur la situation internationale.)

Ainsi, croire que le racisme résulte de l’ignorance, de l’orgueil ou encore d’un blocage psychologique n’est qu’une vision partielle, voire superficielle. Il faut aller plus loin et constater que devenu partie intégrante de l’appareil idéologique d’Etat et des institutions politiques, économiques, judiciaires, et sociales qui le soutiennent ; nourri de mythes et de mensonges ; entretenu par les médias et la culture populaire, le racisme tel qu’il se manifeste aujourd’hui aux Etats-Unis (et ailleurs) est beaucoup plus que le symptôme d’une dysfonction mentale. Il faut comprendre qu’il fait désormais partie d’une psyché, d’un fonds de valeurs communes, c’est-à-dire qu’il appartient au subconscient collectif de tout un peuple dont il est le credo.

(Je qualifie cette mentalité de coloniale, car elle est un état d’esprit qui a survécu aux remous de l’Histoire pour se perpétuer aux Etats-Unis – ex-esclavagistes – et dans toutes les nations européennes ex-esclavagistes puis ex-colonialistes.)

Il suffit alors d’un marasme ou d’une crise socio-économique pour que ce racisme endémique éclate et atteigne son paroxysme. C’est ce qui s’est passé en Allemagne sous la République de Weimar. C’est ce qui se passe aujourd’hui aux USA et en Europe. Alimenté par la colère et le rejet d’un ordre établi corrompu; nourri de l’insécurité, de la peur et de la haine de l’Autre – le Juif, le Levantin ou l’émigré selon les époques – ce credo (je crois) s’est transformé en je sais, stade suprême du savoir qui ne se discute pas.

Que le séisme qui secoue les Etats-Unis nous réveille et nous force à voir la réalité en face : l’éventualité de l’ascension d’un Donald Trump en France est très possible étant donné la conjoncture politique. Face au danger qui nous menace unissons-nous, formons une nouvelle Union Sacrée et mobilisons-nous pour les prochaines élections ; engageons-nous dans l’action politique, syndicale, sociale et culturelle ; balayons enfin tous les faux « socialistes » et pseudo « républicains » qui font le jeu du Front National et de son « national populisme. » Il est urgent que nous arrêtions le fascisme que ces politicailleurs incarnent. L’avenir de la France en dépend.

Guy Levilain est l’auteur de Grand-père, raconte-moi l’A-Nam, Indochine mon amour et La Mémé, suivi de Réflexions sur la question métisse, une trilogie consacrée à l’Indochine coloniale ainsi que Don Pablo de Navarre (fantaisie donjuanesque) suivi de La Abuelita (fantaisie mexicaine):

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