La diaspora et la nouvelle vie des anciens nazis.

Klaus BarbieNous savons qu’au lendemain de la capitulation de l’Allemagne beaucoup de savants qui avaient servi le régime nazi ont été exfiltrés, c’est-à-dire transférés hors d’Allemagne pour servir les intérêts des Alliés, notamment des USA et de l’URSS. Le plus connu d’entre eux est Wernher Von Braun. Pionnier de l’astronautique dans les années 30 et promu SS-Sturmbannfürer en 1943 – il développa pour la NASA les fusées Saturn qui permirent le lancement du programme Apollo. Pour ses services rendus à sa patrie d’adoption il obtint en 1955 le privilège d’être citoyen étasunien.

 Nous savons également que des criminels de guerre tels que Walter Rauff, haut fonctionnaire de l’Office central de sécurité du Reich, Gustav Wagner et Frantz Stangl, chefs des camps d’extermination de Sobibor et Treblinka, ont dans un premier temps trouvé asile au Moyen-Orient. En effet, débarrassée de la tutelle du mandat français en 1946, la Syrie envisageait sous la présidence de Assad père de reconstruire son armée et sa police selon le modèle allemand. Dans un deuxième temps, c’est-à-dire après l’échec de la première coalition arabe contre Israël, ces mêmes dignitaires nazis – auxquels il faut ajouter Klaus Barbie, chef de la Gestapo de la région lyonnaise – trouvèrent dans les dictatures militaires de l’Amérique latine un accueil encore plus chaleureux.

 Par contre la migration en masse des “petits” Nazis aux Etats-Unis est beaucoup moins connue, surtout du public étatsunien. Dans une enquête qui sera bientôt rendue publique, Associated Press a révélé que la Social Security Administration a payé 20, 2 millions de dollars à plus de 130 émigrés soupçonnés d’avoir participé aux crimes de guerre. Ces paiements dépassent de beaucoup les estimations les plus prudentes et s’étendent sur une période allant de 1962 à 2015, année à laquelle une loi mit fin au paiement des pensions de retraite.

Le montant des prestations, leurs versements échelonnés sur quatre décennies et l’inertie des pouvoirs publics sont aujourd’hui un embarras pour les pouvoirs publics. En effet on estime à 10 000 le nombre de Nazis qui ont réussi à émigrer aux Etats-Unis. Ce grand nombre a soulevé des questions sur le laxisme, l’incompétence, voire la complicité des services de l’immigration. Deux indices semblent le confirmer. En effet ce n’est qu’en 1979 qu’un Bureau d’enquêtes spéciales a été créé au sein du Département de Justice, et il a fallu attendre ce jour pour qu’un membre de la Chambre des représentants, Carolyn Maloney, exige de l’inspecteur général de la Social Security Administration une enquête officielle alors que le premier rapport de l’agence AP remonte à octobre 2014.

 A titre d’exemples, voici quelques « bévues » :

– Selon AP et jusqu’en mars 1999 le Département de Justice aurait promis à 28 ex-nazis le versement à vie des prestations sociales s’ils acceptaient de quitter le pays. Les heureux bénéficiaires de cette tractation auraient reçu 1 500 000$.

–Trente-huit Nazis auraient reçu 5, 6 millions de dollars au cours de leur séjour aux Etats-Unis avant d’être expulsés.

– Quatre-vingt-quinze Nazis présumés n’ont jamais été déportés et continuent de recevoir leurs prestations sociales, du moins ceux qui sont encore en vie. Ces prestations s’élèveraient à 15, 6 millions de dollars.

Note: A propos de la complicité des services de l’immigration, cette présomption repose sur le fait que durant ces années 1) la guerre froide battait son plein, 2) ces Nazis étaient d’ardents  anti-communistes et 3) étaient de la “race aryenne” la plus pure.

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