L’ érotisme dans la littérature

le-baiser---auguste-rodinSelon Georges Bataille l’érotisme est né avec les peintures rupestres (La Peinture préhistorique. Lascaux ou la naissance de l’art, publié en 1955), c’est-à-dire bien avant l’écriture. Plus tard l’érotisme a accompagné la production littéraire et artistique à travers les âges, les cultures et les genres. Nous pouvons dire que la sexualité occupe désormais une place prépondérante dans nos sociétés, car avec l’émergence des mouvements féministes les femmes d’aujourd’hui visent non seulement à l’égalité politique, économique et juridique mais encore à l’égalité dans les mœurs donnant à leurs revendications une dimension érotique et sensuelle. En effet l’émancipation de nos sociétés exige à la fois l’abolition des contraintes sociales imposées par le patriarcat et le droit aux plaisirs sexuels jusqu’ici monopole masculin.  Alexandra Destais évoque cette dimension à travers une étude sur la littérature érotique féminine au XXe siècle.

 

Produits de l’Occident judéo-chrétien nous avons au cours des siècles discuté de la place de l’érotisme dans les arts et des critères qui le différencient de la pornographie sans arriver à en délimiter clairement les frontières. Cette difficulté tient non seulement à notre subjectivité mais encore à l’époque et à la divergence des idéologies. Nous sourions à la pensée qu’en 1847 Madame Bovary ait pu faire outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs.  Nous sommes étonnés qu’un Henry Miller ou une Anaïs Nin aient pu scandaliser nos aîné/es. Nos sociétés ont définitivement changé, et le mot “sexe” par exemple, qui désignait un organe et le genre d’une personne, est devenu – avec l’influence anglo-saxonne toujours pragmatique – l’acte sexuel pur et simple, autrement dit “la baise” ou “le baisouillage”. Qu’est-il arrivé à “faire l’amour”? Oh, non. Trop puritain, désuet! Ainsi le film collectif La Française et l’Amour (1960), réalisé par Henri Recoin, Jean Delannoy, René Clair, etc. aurait aujourd’hui un tout autre titre! Et si nous ajoutons à ces dérives du langage la logique de nos sociétés mercantiles où tout s’exploite, se vend et s’achète, c’est à se demander ce que deviendront l’amour et l’érotisme…

Pourtant je ne suis pas pessimiste, car je crois qu’en tout temps il y a eu et il y aura encore des hommes – j’ai bien dit des hommes – conscients de leur masculinité physiologique, mais également conscients de leur inclination à l’émotion et à la tendresse, à la beauté et à l’amour. Je crois donc en l’humanisme et en l’harmonie du Yin et du Yang dans nos cœurs.

 

C’est à l’attention des membres de deux clubs de lecture – “Les livres et les copains d’abord” et “La ronde des lectures” – ainsi qu’à mes ami/es FB que je m’adresse en leur proposant ces deux extraits. Mon intention étant d’amorcer une discussion sur l’érotisme, j’ai pensé que mes écrits susciteraient davantage de suggestions que ceux d’un auteur établi et reconnu. Par ailleurs elles me seront d’une grande utilité dans l’avenir. Dites-moi, par exemple, si dans le premier texte j’ai su aborder le sujet avec décence et bon goût, et si dans le second mon dévergondage vous a fait rougir. Et surtout n’oubliez pas que docteurs en Sorbonne et critiques littéraires n’ont pas le monopole des opinions. Je vous invite donc à y aller de votre grain de sel. Gros ou petit je l’apprécierai.

 

I- Emma et Pierre

 

Agenouillé à mes pieds, il me contemplait dans la pâle clarté. Il me prit les mains, les porta à ses lèvres en un geste de dévotion qui m’alla droit au cœur. Quelle tendresse dans ce regard que je devinais dans la pénombre ! Il reposa mes bras le long du corps, se pencha, et je sentis le double contact de ses doigts et de ses lèvres sur la pointe de mes seins. Folle de désir, je me saisis de son visage et l’attirai sur moi, mais il se dégagea avec douceur, se remit à genoux. Le buste droit, il contemplait ma nudité avec les yeux d’un artiste amoureux de son modèle. Longuement il m’effleura du bout des doigts le visage, le buste et les jambes avant de se pencher pour déposer sur mon front un baiser innocent. « Emma… » dit-il dans un murmure, et mon nom sur ses lèvres fut la plus belle déclaration d’amour…  Je l’enserrai de mes jambes et voulus le serrer contre moi. Chut… Je fermai les yeux, et lentement me laissai aller sous la caresse de ses doigts m’effleurant les cuisses, les mollets, les pieds. Luxe, calme et volupté ! Transportée, je m’abandonnai au contact de ses mains massant l’arche de ma voûte plantaire, fléchissant mes orteils. Titillation divine ! Un fluide magnétique était descendu en moi, me baignant, me berçant de son flux, puis ses attouchements remontaient, s’attardaient sur mes hanches, mon ventre, mes cuisses avant de redescendre vers mes chevilles, mes pieds… Longtemps je me laissai flotter dans les ondulations d’une onde qui me soulevait, m’emportait pour me reposer, grisée, au creux d’une houle. Extase ! Puis les roulis reprenaient, s’amplifiaient pour retomber encore. Pâmée, je dérivais… Une eau vive glissait le long de mon corps, effleurant tous les pores de ma peau, inondant tout mon être d’une fraîcheur d’embruns alors qu’au-dessus de moi le ciel oscillait lentement comme pour marquer les minutes de ma délicieuse lévitation, quand soudain un plaisir intense et presque douloureux me secoua. Ses lèvres, sa bouche s’étaient emparé de moi ! Tornade de tous mes sens emportés dans un maelström qui montait, grimpait encore plus haut, spirale qui n’en finissait plus… C’est alors qu’il prit possession de moi alors que je me mourais de plaisir…

 (Extrait de « Indochine, mon amour »)

 

 

II- Duetto d’amore

 

 

Suggestion pour la lecture.

Chaque paragraphe ayant son pendant, alternez la lecture du premier paragraphe de la colonne de gauche avec celle du paragraphe de la colonne de droite qui lui fait face. Continuez ainsi jusqu’à la fin du texte.

 

 

Duetto d'amore pg 1

Duetto d'amore pg. 2

 © 2016 Guy Levilain

Guy Levilain est l’auteur d’une trilogie consacrée aux problèmes humains de l’Indochine coloniale vue à travers la saga de deux générations d’Eurasiens.

Il est également l’auteur de Don Pablo, fantaisie donjuanesque, suivie de La Abuelita, fantaisie mexicaine.

Pour lire un échantillon de ces romans, cliquez sur la page de couverture.

 

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