Je te pardonne pour que l’amour triomphe de la haine !

Grace-Beahm-Post-and courier-newsTel est le message adressé au monde entier par la famille des neuf victimes de la fusillade de Charleston lors de la première audience, alors que tête baissée, le meurtrier Dylann Roof écoutait. Une à une, les personnes qui ont choisi de prendre la parole ont exprimé leur intense douleur avec des pleurs et des sanglots mais sans jamais faire montre de la moindre haine. Bien au contraire. Tour à tour ces nobles cœurs ont eu le courage de pardonner. Ecoutons quelques uns des témoignages de leur amour pour l’humanité.

 « Je te pardonne, dit d’une voix tremblante Nadine Collier, la fille d’une victime septuagénaire. Tu m’as ravi la vie d’une personne qui m’est très chère. Je ne pourrai jamais plus lui parler. Jamais plus la serrer dans mes bras. Mais je te pardonne. Que Dieu ait pitié de ton âme. »

« Nous t’avons accueilli à bras ouverts dans notre groupe d’étude de la Bible, dit Felicia Sanders la mère de Tywanza Sanders, autre victime de la fusillade. Tywanza était mon fils. Il était mon héros. Mon cher héros… Que Dieu ait pitié de ton âme. »

« Je dois avouer que je suis furieuse, dit la sœur de DePayne Middleton-Doctor. DePayne nous a toujours appris… que notre famille est unie dans l’amour, que la haine n’y a aucune place. Nous devons te pardonner. Je prie Dieu pour ton âme. »

Wanda Simmons, la petite-fille de Daniel Simmons, a ajouté que le pardon et les prières pour la miséricorde du meurtrier « prouvent bien que la haine ne triomphera pas. »

Ajoutons que ces voix ont été entendues par les habitants de Charleston, et que c’est dans l’ordre et dans la dignité que toute une ville a honoré la mémoire des disparus.

 Opposer l’amour à la haine pour la désarmer. Opposer la dignité au barbarisme pour préserver notre humanité. Tourner au besoin l’autre joue, car le disait Gandhi, « un œil pour un œil n’a jamais fait que des aveugles. » Très sages paroles. Nous abondons dans ce sens, mais qui parmi nous aura le courage d’appliquer ces principes quand aveuglés de douleur nous ne sommes plus que des êtres de haine pour qui la haine tient lieu de raison ? Qui parmi nous aura la dignité de refuser de tomber aussi bas que ceux que le Mal habite ?

 Voilà pourquoi la réaction des paroissiens de la Emanuel African Methodist Episcopal Church est exemplaire. Elle est profondément humaine. Elle est un appel au calme quand l’on sait que le meurtrier projetait de déclencher une guerre raciale. Elle est enfin un antidote contre la noirceur de l’âme, car elle s’inscrit dans la pensée d’un philosophe juif, Baruch Spinoza (1632-1677), qui nous enjoignait de ne pas succomber à la haine « car elle éteint le principe de vie qui nous éclaire et nous plonge irrémédiablement dans l’obscurité. »

(Photo empruntée à Grace Beahm Post & Courrier News)

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