Israël et l’apartheid

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Nous savons que l’apartheid n’est pas mort et qu’il a trouvé une terre d’accueil en Israël. Ce que nous ne savons pas c’est comment cette doctrine afrikaner primaire dans sa cruauté s’est muée en une politique organisée, sophistiquée et savamment gérée pour devenir une vaste campagne d’usurpation et de nettoyage ethnique. Je vous propose aujourd’hui un article de Zorah Credy qui est en fait une analyse exhaustive de l’apartheid sioniste.

 

L’apartheid, terme d’origine afrikaner qui signifie séparation, est le mot donné à la politique de ségrégation raciale pratiquée en Afrique du Sud dès 1948 par la population blanche. Mais par extension, l’apartheid définit tout système qui repose sur un ensemble de lois discriminatoires fondées sur des référents ethniques, raciaux ou religieux.

 

Depuis quelques temps le mot apartheid est utilisé par des organisations internationales, des analystes politiques et des associations de défense des droits de l’Homme pour désigner la politique pratiquée par l’Etat sioniste envers les Palestiniens.

 

Israël refuse cette analogie arguant qu’il est un pays démocratique et que l’apartheid a été institué par des textes de loi en Afrique du Sud. Faux rétorquent les contradicteurs, l’apartheid sioniste est plus sophistiqué que celui d’Afrique du sud !

 

L’apartheid en Afrique du Sud est fondé sur le développement séparé des populations «  La ségrégation portait sur les aspects économiques, géographiques (création de bantoustans) et sur le statut social en fonction des origines ethniques et raciales »

 

Si on examine la définition onusienne précisée par la résolution 3068 du 30 novembre 1973 on lit la chose suivante : «  l’apartheid désigne les actes humains commis en vue d’instituer ou d’entretenir la domination d’un groupe racial d’êtres humains sur n’importe quel autre groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci »

 

A la lumière de ces deux définitions nous allons essayer de voir dans quelles mesures l’analogie entre l’Afrique du Sud et Israël peut-elle se faire quant à l’apartheid ?

 

Commençons par la ségrégation géographique : cet aspect existe-il en Palestine historique et quelle est la politique israélienne quant à l’organisation de l’espace entre Juifs et non-Juifs ?

 

Avant même la création de l’Etat d’Israël en 1947 par les Nations Unies, les colons juifs sont venus remplacer les travailleurs palestiniens, et là où les juifs s’installaient la main d’œuvre palestinienne était chassée(1). La logique qui anime donc le projet sioniste, ce n’est pas de vivre avec les Palestiniens mais à leur détriment. C’est cette logique de la négation de l’Autre, le non-Juif, qui va déterminer la politique israélienne en Palestine. Et c’est sur ce point que la politique sioniste diffère de l’apartheid des afrikaners. Ces derniers avaient prétention à assujettir la population noire, les sionistes désirent extirper les Palestiniens du pays.

 

Mais faute de pouvoir éradiquer toute la population dont 700 000 ont été poussés à l’exil en 1948, et 350 000 en 1967, les sionistes appliquèrent la Hafrada, c’est-à-dire la séparation entre Juifs et non-Juifs.

 

Le souci de la politique israélienne est de veiller à entretenir cette séparation en se donnant les moyens juridiques de le faire sans renoncer à l’éviction de l’Autre !

 

Bien que ‘article 13 de la Déclaration des Droit de l’Homme et des citoyens du 10 décembre 1948 affirme dans son premier alinéa «  Que tout homme a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat »  les Palestiniens ne peuvent se déplacer en toute liberté chez eux. En effet, dans les territoires palestiniens occupés illégalement depuis 1967 par les sionistes, contrairement aux colons qui circulent en toute liberté, le déplacement des Palestiniens est soumis à des permis de circulation. Cette contrainte imposée aux Palestiniens rappelle la procédure du « pass » imposé aux Noirs par le système de l’apartheid sud africain. Toutefois, le système sud africain du modèle unique de « pass » est plus simple, malgré son aspect immoral, comparé au système de ségrégation sioniste très compliqué, les Palestiniens étant soumis à plus d’une centaine de sortes de permis (2).

Ces permis sont non seulement une atteinte à la liberté de circulation des Palestiniens mais sont aussi un moyen pour l’administration sioniste d’exercer sa domination et son oppression sur les populations occupées. Ces permis étant renouvelables, soumis à une longue démarche administrative et à un passage obligé par le Shin Bet, on peut donc imaginer facilement les pressions en terme de chantage, d’humiliation, d’intimidation mais aussi de répression.

 

Dans un système colonial qui repose sur la négation de l’Autre, les permis de circulation ouvrent la voix au nettoyage ethnique. On peut ainsi refuser aux Palestiniens l’accès d’une localité à l’autre, mais aussi en Cisjordanie, à Gaza ou carrément l’accès au pays. C’est ainsi qu’entre 1967 et 1994 l’administration sioniste a révoqué le droit de résidence à 140 000 Palestiniens de Cisjordanie et à 100 000 Palestiniens de Gaza. C’est parfois en rentrant dans leur pays après des années d’absence que les Palestiniens apprennent à leur dépens qu’ils ont perdu le droit de résidence dans leur propre pays parce que l’administration d’occupation a modifié la loi sans se donner la peine d’avertir les intéressés et en enfreignant le droit international qui précise dans l’alinéa 2 de la Charte des NU « Que toute personne a le droit de quitter tout pays y compris le sien et de revenir dans son pays ». Et comment ne peut-on pas parler d’apartheid quand un juif peut revenir dans son pays et un palestinien né en Palestine perd ce droit ?

 

Malgré cette discrimination on est tenté de dire s’il n’y avait que les permis de circulation !

 

Non, le calvaire des Palestiniens ne se terminent pas avec l’obtention d’un permis de circulation parmi les 101 qui existent, leurs déplacements d’un point à un autre sont soumis à des contrôles. Les forces sionistes d’occupation ne permettent pas la liberté de mouvement des Palestiniens qui vivent en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza(3) au nom de la sécurité des colons qui sont installés, rappelons-le, de façon illégale.

 

Les Palestiniens doivent passer par des postes de contrôle. Il y a de nombreux check-points. Ces postes sont tenus par l’armée israélienne ou cédés à des sociétés privées de surveillance. Faire appel à la sous-traitance est un choix volontaire des dirigeants israéliens pour sauvegarder l’image de l’armée israélienne qui cherche à ne plus endosser la responsabilité des dérapages et des liquidations extrajudiciaires de Palestiniens comme on a pu le constater depuis le déclenchement de l’intifadha des couteaux. Il y aurait 600  check-points dont 120 fixes. Avec les  check-points volant, on trouve aussi d’autres barrages comme les barrières agricoles et bien d’autres obstacles.

 

Le nombre de postes de contrôle peut augmenter en périodes de soulèvement des populations palestiniennes comme nous avons pu le constater lors de l’intifadha d’Al Aqsa ou dernièrement celle des couteaux. Ces check-points rien que par l’image qu’ils offrent sont un symbole de l’humiliation et de l’assujettissement des Palestiniens qui sont souvent parqués dans des couloirs en grillage qui ressemblent à des cages de zoo. Mais dans les zoo les animaux ne sont ni insultés ni maltraités alors que les Palestiniens sont souvent humiliés selon les témoignages d’associations israéliennes de défense des droits de l’Homme qui se rendent quotidiennement aux check-points pour observer et faire leurs rapports aux instances internationales sur ces exactions (4).

 

Au regard de la résolution 3068, ces contrôles relèvent de l’apartheid du fait que ces discriminations obéissent au souci d’assurer les privilèges et la domination de la population juive sioniste sur la population non-juive palestinienne. Non seulement ces contrôles d’un point à l’autre perturbent la vie quotidienne des Palestiniens au niveau de leur travail et de leur scolarité du fait qu’ils sont contraints de partir très tôt afin de pouvoir arriver à temps à leur destination, mais ils risquent aussi d’y laisser leur vie. Il arrive que des malades meurent aux barrages de contrôle, que des femmes accouchent dans les ambulances qui les transportent vers les services de maternité ou carrément à même le sol dans les check-points. Selon le centre palestinien d’information, entre 2000 et 2006, 69 femmes auraient accouché en attente du contrôle à un check-point dont 5 sont mortes faute d’assistance médicale appropriée ainsi que 35 bébés décédés à la naissance. Le check-point est symbole de stress et d’angoisse pour les Palestiniens, il signifie, humiliation, incertitude, perte de temps, perte de liberté du mouvement vu que le permis peut-être confisqué sans aucune raison. Parfois même le check-point peut signifier pour la mort pour les Palestiniens ! Ce risque s’est amplifié depuis l’intifadha des couteaux et la routine des exécutions extrajudiciaires (5).

 

Cette forme d’apartheid est aggravée par la construction du mur de séparation en 2002 qui isole la Cisjordanie et Jérusalem d’Israël. C’est le second mur après la barrière électrifiée qui encercle le district de Gaza entamé de 20 % de son territoire et transformé en véritable ghetto pour un million 600 000 Palestiniens !

 

Mur de « sécurité » dit Israël, il n’empêche qu’il est d’abord dans les faits un mur symbole de la ségrégation et de la domination sioniste comme l’a confirmé la décision de la Cour de justice internationale en le considérant comme illégal. Hormis l’empiètement sur 16,6% des terres palestiniennes agricoles et riche en réserve d’eau, le tracé du mur ne suivant la ligne verte que pour 20 % de son parcours a englobé 45% des terres agricoles cultivables palestiniennes. Une bonne manière d’assujettir les Palestiniens qui se trouvent contraints de passer par l’autorisation des autorités israéliennes pour pouvoir aller travailler dans leurs champs. En effet, en raison du mur, des villages se trouvent privés de 60 % de leurs terres agricoles comme à Qaffin. D’autres zones palestiniennes sont totalement enclavées, coupées à la fois de la Cisjordanie et d’Israël à l’instar de la ville de Qalkilya qui se trouve entre la ligne verte et la barrière. 260 000 Palestiniens sont enfermés dans ces enclaves. Des centaines d’autres doivent avoir un permis pour vivre et rejoindre leurs propriétés (400 000). A Jérusalem-Est 200 000 se trouvent de l’autre côté du mur. Notons que 80 check-points séparent les Palestiniens de leurs champs !

 

Le mur est venu consolider davantage la parcellisation du terrain pour créer de véritables bantoustans ! Les zones de peuplement palestinien sont séparées les unes des autres. Des milliers de Palestiniens sont coupés des zones urbaines. Jérusalem est isolée, la moitié de la population de Cisjordanie n’a aucune chance de faire la prière à la Mosquée d’Al Aqua alors que des colons la profanent sous le contrôle bienveillant de l’armée !

 

Les deux peuples, Juif et Palestinien, vivent de plus en plus séparés. Les routes utilisées par les colons sont interdites aux Palestiniens. C’est donc pire que l’apartheid afrikaner car il n’y a jamais eu de routes réservées aux noirs en Afrique du Sud ! Cette politique de séparation des espaces a fait de villes comme Balata et Al Khalil de véritables villes assiégées. Al Khalil (Hébron) est une ville témoin de l’apartheid sioniste, 200 000 Palestiniens sont otages de 700 colons. Au nom de la sécurité de ces colons Israël bloque les routes, vide les quartiers. Le centre de la vieille ville d’Al Khalil est fermé ainsi que 500 magasins depuis plus de 15 ans dont seulement 70 ont été autorisés à ré-ouvrir cette année.

 

Screenshot 2016-07-05 08.54.58Cette Hafrada ne s’applique pas qu’aux palestiniens des territoires occupés illégalement en 1967 selon la résolution 242 des Nations Unies, mais aussi à 1 600 000 citoyens arabes israéliens de confession musulmane ou chrétienne. Cette population vit totalement séparée de la population juive. Selon un sondage 64 % de Juifs n’ont jamais mis les pieds dans un quartier arabe. Ni la législation ni les orientations politiques n’ont favorisé la promiscuité et le métissage des populations.

 

“Israël, écrit Sarah Leath Whiston, directrice de Human Right Watch pour le Moyen-Orient, est un Etat qui délibérément promeut les privilèges et les droits résidentiels d’un groupe ethnique en réduisant ceux d’un autre, pratique une discrimination illégale pure et simple ».

 

Cette discrimination sociale se manifeste par l’inégalité dans le traitement de la population juive et des Palestiniens. Les premiers bénéficient de privilèges dont les seconds sont totalement privés. La plus inique des discriminations est incontestablement contenue dans la loi du retour. Pendant qu’Israël refuse ce droit aux réfugiés palestiniens de l’exode ou des territoires occupés en 1967 mais aussi aux Palestiniens citoyens d’Israël à qui ont interdit de revenir dans leurs maisons et village d’origine qu’ils ont fui en 1948, les Juifs du monde entier ont le droit de venir s’installer en Palestine. Cette ségrégation a atteint le summum lorsqu’en 1970 fut adopté un amendement à la loi du retour qui stipule que le droit de retour s’étend « aux enfants et petits-enfants d’un Juif, à son conjoint et au conjoint d’un enfant ou d’un petit-enfant d’un Juif – à l’exception d’une personne qui était juive et a de sa propre volonté changé de religion ». Cette loi du retour porte à elle seule les stigmates de l’apartheid. Elle instaure la domination d’un peuple sur un autre, l’existence d’un peuple sur l’exclusion d’un autre !

 

On retrouve cette discrimination au niveau du mariage, la loi israélienne institue la discrimination en refusant aux conjoints palestiniens de citoyens arabes israéliens et ainsi qu’à leurs enfants le droit à la résidence. On leur dénie le droit à une vie familiale normale tandis que le conjoint d’un Juif qui n’a aucune racine en Palestine comme on l’a vu précédemment en bénéficie. Discrimination aussi du fait que seuls les mariages par et devant un tribunal rabbinique sont valides ce qui institue et maintient le système ethnocratique.

 

Les disparités dans les traitements entre les Juifs et les non-Juifs sont énormes. D’abord au niveau de l’habitat Israël n’a construit aucun village ni ville arabe alors que la population est passée de 160 000 habitants en 1948 (les Palestiniens qui ont pu rester au moment de la création de l’Etat sioniste) à plus de 1 600 000. Seules 7 townships ont été bâties au Néguev pour reloger les réfugiés bédouins expulsés de leur propriété.

 

Dans les territoires occupés la construction des logements est soumise à l’accord des forces d’occupation qui le donne au compte-gouttes. Mais devant la croissance démographique, les Palestiniens se trouvent contraints de construire sans permis et courent ainsi le risque de se trouver à la rue, les maisons pouvant être détruites par l’occupant sioniste. Dans le secteur de Jérusalem 100 000 Palestiniens environ vivent sous cette menace. De 2001 et 2004 environ 5 000 maisons ont été détruites. Le rythme s’est accéléré avec l’intifadha des couteaux.

 

Depuis l’occupation de Jérusalem en 1967   seulement 14 000 immeubles ont été construit alors qu’il faudrait autant par an, la population ayant passée de 70 000 à 285 000. En parallèle le nombre de permis de construction ne cesse de croître pour les colons en Cisjordanie et notamment à Jérusalem où 3 690 permis ont été octroyé en 2011 selon l’ONG israélienne « Paix Maintenant ». En Cisjordanie, occupée illégalement, la progression de la construction par les colons a atteint 20 % en 2011 comparé à celle de 2010 selon la même source.

 

La discrimination touche aussi l’infrastructure et la qualité du service public. Dans les quartiers et villes arabes en Israël où l’infrastructure est souvent totalement absente. Le service de ramassage des ordures n’est pas assuré et les égouts sont parfois laissés à ciel ouvert. Le budget alloué aux municipalités arabes est inférieur de moitié de celui accordé aux municipalités juives. Au Néguev les localités habitées par les arabes palestiniens ne bénéficient d’aucune infrastructure. L’Etat y est totalement absent. Cette réalité contraste avec les localités juives où toutes les commodités sont offertes. Bien qu’ils s’acquittent de leurs impôts, les arabes israéliens sont traités comme des citoyens de seconde zone et même de troisième zone après les falachas!

 

On retrouve cette politique de ségrégation au niveau de l’éducation et de l’enseignement. L’Etat d’Israël prend en charge l’enseignement de la population scolaire juive et finance à 100 % les écoles. Toutefois tout en reconnaissant les écoles chrétiennes qui accueillent des élèves chrétiens et musulmans, l’Etat ne les finance qu’à raison de 29% du coût total d’une école primaire, assumant que le reste du financement sera la responsabilité des parents d’élèves. “C’est une question d’égalité, un enfant israélien juif a droit à une scolarité financée à 100% par l’Etat et pas ceux de nos écoles, alors que notre enseignement est l’un des meilleurs en Israël”, déplore le père franciscain Abdel Massih Fahim, directeur des écoles de la Custodie de Terre sainte. Au Néguev, 5000 enfants palestiniens sont non scolarisés du fait que certaines localités soient dépourvues de toute infrastructure dont les écoles. Pour ces enfants l’école la plus proche se trouve à 20 ou 25 km, distance difficile à parcourir quotidiennement surtout quand les moyens de transport et financiers manquent.

 

La discrimination sociale des Palestiniens s’étend aussi à d’autres domaines comme l’emploi. Le privilège de l’accès à la fonction publique est réservé aux Juifs, le nombre de recrues non-Juives étant dérisoire. Le taux de chômage est très élevé. Les perspectives d’avenir sont bloquées. La précarité est criante: 78% des arabes israéliens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ce pourcentage s’élève à 83% pour les enfants.

 

Dans les territoires palestiniens la violence de l’occupation et l’expansion des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est grèvent de façon dramatique l’économie palestinienne et par conséquent le marché du travail. «Le poids conjugué de l’occupation persistante et des colonies n’a pas permis le développement d’une économie palestinienne productive et viable, susceptible d’offrir suffisamment de débouchés en termes de travail décent. » écrit Guy Ryder, directeur général de l’OIT.

 

Selon le rapport de l’organisation internationale du travail,  le chômage aurait augmenté de 25% en 2014 par rapport à 2013 pour atteindre 27 %.  Ce chômage frappant davantage la jeunesse, ce taux grimpe à 40% pour les jeunes hommes et à 63% pour les jeunes femmes. A Gaza le taux de chômage moyen est deux fois plus élevé qu’en Cisjordanie, il est de 58,1 pour les jeunes hommes et de 83,5 % pour les filles (15-24 ans). Ces chiffres sont alarmants quand on sait que 70% des Palestiniens ont moins de 30 ans (7).

 

Ce chômage, le plus élevé au monde, produit de la politique de domination fournit une main d’œuvre à très bon marché à l’économie israélienne. Les conventions collectives ne sont pas toujours respectées. Les Palestiniens, note le rapport de l’OIT «  travaillent dans des conditions non réglementées qui peuvent être précaires et s’apparenter à l’exploitation ».
Travailler en Israël devrait rester un choix pour les Palestiniens, or il est devenu une nécessité en raison des restrictions qui entravent l’économie palestinienne.

 

Nous avons déjà évoqué les restrictions imposées par le système de domination sioniste à la libre circulation des palestiniens. Au-delà des perturbations de la vie quotidienne des populations, comme on l’a vu précédemment, les conséquences de ces restrictions sont incommensurables pour l’économie. Les barrages de contrôles, les couvre-feux et les bouclages des localités sont une des premières causes du marasme économique dans les territoires occupés. Ces restrictions font perdre aux travailleurs des heures et des journées entières quand elles ne les empêchent pas de se rendre sur leur lieu de travail d’où les difficultés des entreprises à s’organiser et à fonctionner normalement en raison des retards et des absences involontaires des salariés. Pour ce faire une idée sur la paralysie provoquée par cette politique, citons deux exemples : en 2003, on dénombre 403 heures de couvre-feux à Naplouse durant le mois de mars et 678 heures à Hébron en janvier !

 

Cette désorganisation des entreprises entraîne la baisse de la productivité et par conséquent l’augmentation des coûts de production de 33% selon François Courbe. Mais ce n’est pas fini ! L’interdiction de l’usage des réseaux routiers réservées aux colons qui contraint les Palestiniens à de long trajet auxquels s’ajoutent le système du transbordement exigeant que les marchandises soient déchargées des camions devant les postes de contrôles et rechargées dans d’autres camions de l’autre côté, font augmenter le coût de 80% !

 

Entre 1993 et 1996, période marquée par une « possible paix » les blocages ont coûté à l’économie palestinienne plus de 2,5 milliards d’euros, et le niveau de vie moyen a reculé de 36%. On peut mesurer ainsi l’ampleur des dégâts en période de tensions !

 

Cette fragmentation de l’espace économique se trouve aggravée par les privilèges accordés aux juifs au détriment des palestiniens privés de deux sources de richesse importantes de l’économie soit la terre et l’eau.

 

Fidèle au principe du sionisme qui s’est construit sur la négation du Palestinien, la charte de l’Agence juive stipule que les terres «  sont la propriété inaliénable du peuple juif ». Une vraie politique d’apartheid est instaurée. Ainsi, 36 lois et règlements ont été élaborés afin de permettre la confiscation des terres palestiniennes. Telles, la loi sur la Propriété des Absents de 1950, qui a permis la confiscation des maisons, des terres et autres propriétés de 750.000 à 900.000 Palestiniens contraint à l’exil, la non reconnaissance du droit au retour, la non reconnaissance de la loi ottomane fondée sur la coutume, la loi sur les zones militaires, la loi sur les espaces verts, la loi d’absence (un terrain qui n’a pas été labouré trois années consécutives donne lieu à une saisie.)

 

C’est ainsi que l’organisation Israël Lands Authority et le Fond national juif contrôlent 93% des terres. Les arabes israéliens ne possèdent plus que 3% des terres de la partie de la Palestine historique devenue Israël selon le partage des Nations Unies. Plus d’un tiers de la population d’Israël occupe aujourd’hui les terres et les habitations des réfugiés palestiniens qui ont été annexées entre 1948 et 1954 sans aucune forme de compensation.

 

La concession des terres obéit à une politique ségrégationniste. La concession est de 48 ou 98 ans pour les Juifs, et seulement d’un an pour les non-Juifs. C’est une loi pernicieuse pour exclure les arabes israéliens ! D’ailleurs, Le Fond national juif loue ses terres aux Juifs exclusivement. Dans les territoires palestiniens occupés en 1967, Israël va pratiquer la même politique ségrégationniste vis-à-vis des Palestiniens de la Cisjordanie, de Jérusalem et de Gaza en violation du droit international et des accords d’Oslo. Les forces d’occupation mènent une politique systématique de confiscation des terres. Avec l’ordonnance militaire 378, un tiers des terres de la Cisjordanie a été déclaré zone militaire, or l’ordre militaire 364 stipule que les terres déclarées « terres d’Etat » ne peuvent être travaillées que par des paysans israéliens et interdites d’accès aux Palestiniens ! Avec la loi sur les réserves naturelles où aucune activité agricole ne peut se faire par les Palestiniens, c’est la moitié des territoires qui est ainsi spoliée. Dans la zone C qui représente 60% de la Cisjordanie, découpée en 3 secteurs A, B, C, seulement 1% des terres est réservé à l’aménagement au profit des Palestiniens.

 

La terre étant un enjeu fondamental dans la construction du projet sioniste tout est fait pour en déposséder le Palestinien et le ruiner au profit du colon juif.

 

Comment peut-on ne pas parler d’apartheid ? Quand le colon juif a tous les droits et que le paysan palestinien est soumis à des lois discriminatoires. En effet le Palestinien ne peut planter un arbre dans la zone B et C sans l’accord des forces militaires d’occupation, lequel accord peut traîner pendant des années ! Non seulement l’occupant n’encourage pas la plantation, mais il déplante. Ainsi 282 000 arbres ont été arrachés dont 81 000 oliviers entre 1993 et 2001. Depuis le nombre a dû augmenter, les attaques des colons étant permanentes. Selon le CNUCED, au cours de l’année 2013, ce sont 10 142 arbres productifs qui ont été brûlés, arrachés ou saccagés par les attaques de colons.

 

En outre, le Palestinien ne peut choisir ses cultures. La loi lui interdit de cultiver des produits en concurrence avec les produits israéliens. Le Palestinien est aussi assujetti par la loi d’exportation. En effet, l’exportation des produits palestiniens ne peut se faire qu’après la commercialisation et la vente des produits israéliens. «Lorsque les produits finissent par pouvoir traverser la frontière, ils sont gâtés, flétris ou pourris et ne sont donc plus vendables » (8).

 

Les Palestiniens croulent sous le poids des contraintes et ne peuvent faire face aux avantages accordés aux colons. Les produits agricoles palestiniens sont interdis de vente à Jérusalem-Est, réservé au seuls produits des colonies juives.

 

Pour mesurer l’impact dévastateur des lois ségrégationnistes sur l’économie palestinienne il faut savoir qu’en 1967, la Cisjordanie exportait 80% des légumes et 45% des fruits. La production était comparable à Israël. Mais depuis les années 80, avec l’occupation et la politique d’assujettissement ces exportations ne cessent de chuter pour les raisons que nous avons déjà examinées, mais aussi et surtout faute d’accès à une ressource principale de vie : l’eau.

 

Les colons juifs d’abord, c’est le leitmotiv de la politique israélienne en matière d’eau. L’eau est un enjeu majeur de la politique israélienne. Non pour des considérations économiques comme on aurait tendance à le croire mais plutôt pour des considérations idéologiques. Le secteur agricole israélien est négligeable au vu des ratios économiques, il ne représente que 1,6% du PNB. Mais l’eau contribue à alimenter l’image de la terre promise véhiculée par le discours messianique sioniste : le désert devenu paradis pour le peuple élu. C’est pourquoi dès l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza les importantes réserves d’eau ont été déclarées « bien national » dont la gestion fut confisquée aux communautés locales palestiniennes et confiée aux commandements militaires sionistes. L’exploitation des ressources, la modernisation des infrastructures, le forage de puits tout est soumis à une demande d’autorisation. Toutefois, les demandes sont systématiquement rejetées.

 

Les colons contrôlent tous les accès à l’eau. Ils pompent 45 millions de m3 par an alors que les Palestiniens n’exploitent que 10% de l’eau disponible sur le territoire. L’eau est une arme aux mains de ce nouvel apartheid écrivent dans un rapport les parlementaires français de la commission des affaires étrangères en 2011. Certes, c’est de l’apartheid, 450 000 colons utilisent plus d’eau que 2,5 millions de Palestiniens. De plus et en dépit du droit international, la priorité est donnée aux colons en cas de sécheresse. Depuis le début du mois de ramadan une coupure d’eau assoiffe totalement la Cisjordanie et Gaza où il n’y a plus d’eau potable. A gaza toutes les réserves d’eau ont été la cible des bombardements en 2014, comme toutes les autres infrastructures d’ailleurs.

 

L’eau est une arme dont use Israël pour mener sa politique pernicieuse d’apartheid et de nettoyage ethnique. Le secteur agricole important dans l’économie palestinienne est sous perfusion. Il se meurt et les champs abandonnés faute d’eau seront confisqués…..

 

Au terme de cette étude, il est difficile de ne pas parler d’apartheid. Toutes les lois sionistes tendent à promouvoir la suprématie des Juifs sur les non-juifs aussi bien vis-à-vis des Palestiniens citoyens d’Israël que des Palestiniens des territoires occupés. De plus en plus de voix israéliennes s’élèvent pour dénoncer les dérives de la politique d’apartheid. Ilan Pappé, Gideon Levy, Amira Haas et Ronit Matalon qui a écrit «  Nous vivons aujourd’hui sous un régime d’apartheid. Comment qualifier cela autrement quand nous construisons des routes réservées aux juifs » (9).

 

Mais ce constat n’est pas seulement le fait des intellectuels. Dans un sondage fait par l’institut Dialog en Israël, 58% des Israéliens interrogés estiment que l’Etat mène une politique d’apartheid envers les arabes. Toutefois à l’inverse des intellectuels dissidents cités ci-dessus, la société israélienne s’est radicalisée portée par la rhétorique du sionisme messianique. Selon un sondage publié en 2012, réalisé par la Fondation Avi Chaï, 70 % des juifs israéliens se considèrent le peuple élu. Ayant la loi divine avec eux, ils sont affranchis de toutes les lois humaines ! Gidéon Levy note que de plus en plus « la religion est l’Etat et l’Etat est la religion »(10).

 

Il y a une forte similitude entre la vision du peuple missionnaire Afrikaners et le peuple élu juif. Cette vision comporte en elle tous les germes de la domination de l’Autre et de la supériorité sur l’Autre donc l’apartheid.

 

Au nom de la religion et d’un idéal messianique la politique ségrégationniste continue couverte par certains discours religieux comme celui de la Torat ha Melekh ( la Thora du Roi) qui appelle au meurtre préventif d’enfant, de femmes et d’hommes non-Juif qui pourraient présenter une potentielle menace pour les Juifs. N’est-ce pas une légitimation des crimes extrajudiciaires des Palestiniens ? Une incitation à la violence sans limite des colons ? A la domination du Juif sur le non-Juif ?

 

Israël a institué un système d’apartheid, pernicieux sournois et beaucoup plus sophistiqué – donc pire que l’apartheid primaire des Afrikaners. En Afrique du Sud, il n’y avait ni routes séparées ni plaques d’immatriculation réservées pour les Noirs ni  surtout la Shoah pour instrumentaliser pour couvrir le visage hideux du racisme.

 

Shlomo Sand a écrit « Il existe un élément d’inégalité dans le fait même de la définition de l’Etat comme l’Etat juif »(11). Dans la Palestine historique, la judaïté se consolide …. Et l’apartheid aussi !

 

Annotations

 

  • Zohra CREDY, Histoire de la Palestine, Guy Levilain, le Blog Qui Débloque
  • Chaim LEVINSON,Haaretz, 23 décembre 2011.
  • Gaza : Le district de Gaza et sous blocus illégal depuis 2006. Sur une superficie de 380km2 se trouve enfermé 1 million 800 000 personnes. Les conditions de vie sont inhumaines, la population dépend à 80% de l’aide alimentaire internationale qui n’est plus assurée.
  • Machsom Watch : association composée de femmes qui se rendent aux check-points pour témoigner et envoyer leurs rapports aux organisations internationales.
  • Gidéon LEVY, «  En Israël et dans les territoires occupés, le plus grand danger c’est la routine » Haaretz, 14 janvier 2016
  • Jean-François COURBE, Les conséquences du conflit sur la situation économique et sociales des territoires palestiniens occupés, Confluence Méditérranée, 2005/4, N° 55.
  • Rapport annuel de l’OIT sur la situation des travailleurs des territoires occupés pour la commission de l’OIT qui s’est réunie à Genève le 1er Juin 2015
  • Stefan DECONINCK, l’agricultureet le conflit israélo-palestinien
  • Ronit MATALON, «  Nous vivons sous un régime d’apartheid » Le Monde, dimanche 10 janvier 2016
  • Gidéon LEVY, Haaretz, 29 janvier 2012
  • Shlomo SAND, «  A qui appartient l’Etat ? » Haaretz , 10 octobre 2006

 

Bibliographie

Gerald BUTT , Gaza au carrefour de l’Histoire, Editions Encre d’Orient, 2011

Marwan BISHARA : Palestine/Israël : la paix ou l’apartheid, La Découverte, 2002

Michel BÖLE-RICHARD : Israël, le nouvel Apartheid, Editions Les Liens Qui Libèrent, 2013

Shlomo SAND : Comment le peuple juif fut inventé, Editions Flammarion, 2010

Ilan PAPPE, Le Nettoyage Ethnique de la Palestine, Editions Fayard 2006

Hervé KEMPF, Jérôme EQUER, Gaza la vie en cage, Editions Seuil , 2011

 

Guy Levilain est l’auteur d’une trilogie consacrée aux problèmes humains de l’Indochine coloniale vue à travers la saga de deux générations d’Eurasiens.

 

Il est également l’auteur de Don Pablo, fantaisie donjuanesque, suivie de La Abuelita, fantaisie mexicaine.

 

Pour lire un échantillon de ces romans, cliquez sur la page de couverture.

 

 

 

 

 

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