Hollande et Napoléon le Petit

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Vous allez être étonné/es du rapport que je me propose d’établir entre François Hollande et Napoléon III, dit le Petit. Oui, je vois, me direz-vous, deux tristes figures de notre histoire, mais encore? A cela je répondrai que c’est le voyage de notre président dans les Caraïbes – Cuba et Haïti, qui m’a incité à faire le rapprochement.

 Il ne s’agit pas du tout de ce qui défraie la chronique, à savoir la dette morale et financière de la France envers Saint-Domingue, ni de l’esclavage qui fit de cette colonie le joyau des possessions françaises aux Antilles, ni encore de l’énorme rançon que la France vaincue, exigea au pays vainqueur – la jeune République d’Haïti. Oublions même que ce racket éhonté et scandaleux s’élèverait aujourd’hui à une vingtaine de milliards d’euros. Ce n’est pas mon propos. Il s’agit du caractère de ce voyage à la fois main tendue (Haïti) et ouverture diplomatique (Cuba) dont les visées présumées me firent penser à Napoléon III. Ai-je aiguisé votre curiosité ? Suivez-moi.

Nous savons que celui-ci, tout comme son oncle, était atteint de mégalomanie et rêvait d’empires. En effet il voyait très grand et à l’encontre de son aîné il ne voulait pas se limiter à une hégémonie continentale. Le hasard lui permit de porter son regard au delà des mers. Non, je ne fais pas allusion à la conquête de la Cochinchine mais à l’invasion du Mexique. Voici en résumé les visées de cette folle aventure (1862-1866).

Son objectif était d’installer au Mexique un président de souche européenne allié à la France. En effet, les conservateurs mexicains réfugiés à Paris depuis l’avènement de Benito Juarez, président élu mais Indien Zapoteco, avaient fait pression pour que l’Empereur intervienne militairement. Maximilien d’Autriche offrit très gracieusement ses services et fut sacré Empereur du Mexique par la Régence de Mexico. Sous prétexte d’obtenir le remboursement des dettes du gouvernement de Juarez, Napoléon III partit en guerre avec le soutien de brigades anglaises, espagnoles et belges. Géopoliticien avant la lettre – il faut lui reconnaître cette lucidité – il avait compris l’importance d’une présence française qui ferait obstacle à l’expansion territoriale des Etats-Unis qui – à l’issue de la guerre américano-mexicaine (1848) – avaient annexé le Texas, le Nouveau- Mexique et une partie de la Californie.

Coloniser le Mexique fut son objectif. Par ailleurs l’occasion tombait à point nommé, car la Guerre de Sécession (1861-1865) qui venait d’éclater aux Etats-Unis lui laissait les mains libres. En effet, le président Abraham Lincoln, fidèle à la Doctrine Monroe, n’aurait pas toléré qu’une nation européenne pût s’ingérer dans les affaires d’un Etat indépendant des Amériques.

Après cette rétrospective, revenons à 2015. La crise humanitaire en Haïti et la levée du blocus sur Cuba sont pour François Hollande une occasion à saisir. Une ouverture diplomatique lui permettrait de donner à la France une présence dans les Amériques qui contrerait l’hégémonie étatsunienne. Supposons que notre président “socialiste” nourrisse une profonde nostalgie pour l’Union Française. Ne serait-ce pas logique qu’il souhaite remonter le cours du temps et faire d’Haïti un protectorat français? Projet fort séduisant, n’est-ce pas?  Quant à Cuba, l’île voisine et croupissante, ne serait-ce pas merveilleux que les industriels français y introduise les lumières du XXIème siècle?

Mais voilà, imagine-t-il que l’oncle Sam lui permettra de remettres la main sur Haïti? Quant à Cuba, pense-t-il que les loups du Big Business yankee ne le voient pas venir, eux qui salivent déjà à la pensée du dépeçage de Cuba? Si tels sont les objectifs de Hollande, je dirai sans hésiter qu’il hallucine, car 1) l’hégémonie de Washington sur tout le continent américain se fonde sur la doctrine Monroe, pierre angulaire incontournable de la politique étasunienne, et 2) le “dépeçage” de Cuba ne se fera pas!

Ainsi, sous le noble prétexte d’une aide économique et culturelle (n’oublions pas que le rayonnement de la francophonie dans le monde!) notre président entrerait vivant dans l’histoire pour avoir redonné à Haïti la prospérité et la grandeur de Saint-Domingue. Et il aura fait coup double en ouvrant Cuba au marché français ! N’est-ce pas assez pour mériter le Prix Nobel de la paix et une place assurée au Panthéon ?

Pensez-vous que je débloque ? Peut-être bien. N’ayant pas le pouvoir divinatoire d’un Jacques Attali je dois fabuler. Mais le faisant, je sais – l’Histoire le confirme, que les idées les plus aberrantes – l’invasion de l’Irak par exemple, s’élaborent très sérieusement dans les coulisses. Quoiqu’il en soit, c’est une idée à suivre.

 Notes:
– La guerre du Mexique (1862- 1867) fut un désastre. Ayant perdu 11 000 hommes Napoléon abandonna la partie. Maximilien n’eut pas cette chance. Il fut pris et fusillé.
– Dès 1823 la Doctrine Monroe avait érigé en postulat le droit exclusif des Etats-Unis d’intervenir dans les affaires des pays du continent américain. L’exclusivité de cette tutelle repose sur “l’exceptionnalisme américain” et visait l’Europe. Elle vise aujourd’hui à protéger l’Amérique latine des idéologies subversives.
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