Gastronomie, bonne bouffe et humanisme.

« manger, c’est rendre hommage au principe de vie »

La critique sociale n’est pas une ascèse. Comme disait le bon La Fontaine, « nous l’allons le montrer tout à l’he

ure. » Etre critique social et œuvrer pour une société plus humaine n’est pas verser dans le jansénisme et « l’esprit de sérieux ». N’imaginez donc pas une personne froide et sévère à l’instar des fanatiques qui n’ont pas d’autre raison d’être que la réalisation de leur fixation pathologique.

Pour moi penser, critiquer, dire, écrire et faire son possible pour démocratiser l’accès au bonheur est un devoir civique, un devoir qui, certes comporte des obligations, mais aussi importantes soient-elles, elles ne m’empêchent pas de vivre « comme tout le monde », et même plus pleinement que certaines gens parce que malgré les misères que nous avons endurées le génie humain a toujours su aller dans le sens du progrès nous laissant des penseurs et des écrivains, des artistes et des musiciens, tout un patrimoine culturel et universel dont la grandeur ne peut que confirmer et soutenir notre foi en l’humanité.

Alors quand je ne rumine pas, je m’évade dans la musique (de jazz, mais pas exclusivement), la littérature (pas toujours engagée) et – ceci va vous étonner, « la bonne bouffe ». C’est le sujet de cette rubrique.

Que savez-vous de la cuisine cadienne ?

Avant de vous en donner une recette, rappelons que c’est celle des Cadiens (déformation du mot Acadien) qui peuplaient l’Acadie, région du Canada français qui comprenait les provinces maritimes du nord-est. Victimes de la Guerre de Sept Ans (1754-1763) qui vit la France céder le Canada à l’Angleterre, ils furent déportés lors d’un des grands nettoyages ethniques de notre temps. Ainsi, ne vous attendez pas à une cuisine dite fine, mais plutôt à celle des déportés que l’on confina dans un habitat hostile, mais qui survécurent en s’adaptant et en improvisant pour créer une palette gastronomique d’une saveur originale.

Fricassée de poulet à la cadienne (ou à la « cajun », mot anglais) pour quatre personnes.

Fricassée de poulet à la cadienne

– Un poulet découpé ou quatre cuisses.

– Un oignon, 4 gousses d’ail, 2 poivrons, thym et laurier,

– Paprika en poudre, ail en poudre et cayenne en poudre à parts égales (si vous avez le palais blindé), en gros l’équivalent d’une cuiller à soupe

– Deux douzaines de gombos (« okra », en anglais) découpés.

– Trois tomates fraîches + une petite boîte de sauce tomate

  1. a) Dans une poêle à frire bien dorer les morceaux de poulet dans du lard, du beurre ou de l’huile, selon votre goût.
  2. b) Transférer les morceaux dans une casserole ou dans une cocotte.
  3. c) Dans la même poêle à frire, dorer d’abord l’oignon émincé puis les gousses d’ail écrasées. Réduire le feu, saupoudrer de farine et faire un roux. Quand il aura atteint la couleur désirée, ajouter une petite tasse d’eau et récurer la poêle avec une spatule. Rien ne se perd.
  4. d) Ajouter au poulet le roux, les tomates découpées, la sauce tomate, les poivrons, les gombos, le thym, le laurier et le mélange paprika, ail et cayenne. (Le paprika et l’ail sont essentiels. La quantité de cayenne variera selon la tolérance de vos papilles gustatives.)
  5. e) Laisser mijoter pendant 30 minutes. Vérifier l’assaisonnement. Si la sauce a trop diminué, ajouter un verre de bouillon de poulet. Servir avec du riz.

Cuisson du riz (méthode facile)

– Utiliser le riz long grain, de préférence celui de Thaïlande.

– La proportion riz-eau est égale : une tasse de riz, une tasse d’eau.

– Bien laver le riz (dans trois eaux) puis l’égoutter.

– Ajouter l’eau et porter à ébullition.

– D`es l’ébullition baisser le feu de moitié, touiller le riz.

– A l’apparition des « cratères » à la surface du riz, baisser le feu au plus bas, couvrir et laisser mijoter 20 minutes.

– Touiller le riz et servir.

– Bon appétit !

En conclusion, « manger, c’est rendre hommage au principe de vie » disait ma mère, et rendre hommage à la dignité de la vie, c’est ce que font les humanistes.

Notes:

– “Les Cajuns d’aujourd’hui, ou Cadiens, sont les descendants des premiers français qui se sont installés à partir du XVIIe siècle en Amérique du Nord en provenance de Bretagne, du Poitou, de Normandie, dans les territoires (Acadie) à l’extrême Est du Canada actuel.
Un siècle et demi plus tard, ils sont chassés d’Acadie par les Anglais dans des conditions particulièrement brutales, dispersés, déportés.
Après de multiples péripéties un certain nombre d’entre eux se fixent en Louisiane, principalement dans les zones marécageuses, les Bayous et les prairies du delta du Mississipi. Aujourd’hui, les Cajuns défendent leurs traditions et la langue française avec beaucoup de vitalité notamment par des fondations, des associations et aussi des événements culturels comme la Francofête. Après les fortes vélleités de FD Roosevelt d’éradiquer la langue Cajun, les Cadiens continuent de préserver leur héritage…avec succès. L’Etat fédéral américain a reconnu, en 1995, la légitimité du drapeau acadien (bleu, blanc, rouge et or, avec les lys de la couronne française et l’étoile de la Vierge), qui flotte au fronton des bâtiments officiels. Créé dans les années 70, le Codofil (Conseil pour le développement du français en Louisiane) s’est donné pour mission de sauver la langue française. Il a monté des programmes scolaires d’immersion pour les jeunes générations. Aujourd’hui 1 million de personnes revendiquent une part d’héritage français, 700.000  revendiquent le titre d’Acadien mais 300.000 seulement parlent le français.”

(Extrait de L’Acadie, http://www.gatinaisgeneal.org)

– Il y a deux types de cuisine en Louisiane, la créole (La Nouvelle-Orléans) et la cadienne (La Fayette, ville principale de la région Ouest.) Un mot sur les Créoles: ce terme désigne toute personne de race blanche née dans les colonies des Amériques, à savoir le continent et les Antilles. Par exemple, l’Impératrice Joséphine de Beauharnais, née à la Martinique, était créole.

Cependant, pour se distinguer des esclaves noirs, la bourgeoisie mulâtre de la Louisiane et des Antilles qui jouissait de certains privilèges, se considérait elle-même créole. Pour compliquer les choses ce terme désigne aussi le parler populaire des Antilles. Ces diverses définitions expliquent la confusion autour de ce mot.

Ainsi, les Créoles qui sont les « bourgeois » de la Louisiane sont restés très européens dans leurs goûts. A quelques exceptions près, les recettes du « Picayune Creole Cookbook » la bible de la gastronomie nouvelle-orléanaise ne surprendrait personne en France. La cuisine cadienne par contre offre des contrastes délicieux. J’y reviendrai.

 

 

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