Ethnicité et race

multiracial-children-schoolIl est un débat qui fait rage aujourd’hui : sommes-nous pour une France multiethnique ou multiculturelle ? La question est mal posée. Je crois que l’intention des analystes était de s’interroger sur une France multiraciale, avant d’aborder la question corollaire, celle de la coexistence  des différentes cultures dans le respect des principes républicains.

La confusion ethnie-race est courante. Rappelons que l’ethnie regroupe des individus ayant en commun des caractères de civilisation, à savoir la langue et la culture. Par exemple, si les Anglais, les Allemands et les Français se différencient par la langue et la culture, ils appartiennent néanmoins à la même race, la race blanche. Par contre la race regroupe un ensemble de caractères anatomiques héréditaires qui différencie les groupes humains.

C’est cette confusion – voulue plutôt qu’inconsciente – qui a entretenu le mythe du fameux melting pot étasunien. Ainsi cette « refonte » fraternelle qui fait la gloire des Etats-Unis – E pluribus Unum – n’aura été que le brassage d’ethnies européennes de race blanche. Les Amérindiens, les Noirs, les Latinos, les Polynésiens et les Asiates n’ont jamais été conviés à cette grande fête de la fraternité dans la diversité.

Le même phénomène s’est produit en France. Les premiers émigrés  polonais, allemands, italiens, espagnols, etc. – comme leurs homologues d’outre-Atlantique – ont été victimes de xénophobie à leur arrivé, mais ont réussi à s’intégrer dès la seconde génération devenue francophone. Plus rien ne les distinguait des autres Français, sinon peut-être leur patronyme, détail insignifiant. Nicolas Sarkozy et Manuel Valls sont les symboles vivants de cette intégration parfaitement réussie.

 

La précision ethnie-race faite, revenons à notre propos: sommes-nous pour une France multiraciale ou pour une « France de race blanche », le souhait de Nadine Morano ? Disons tout de go que seule la première question mérite d’être posée, la seconde étant caduque. La France est déjà multiraciale et il est pratiquement impossible d’expulser tous les « indésirables ». Par conséquent nous ne nous reste plus qu’à discuter des problèmes du « vivre ensemble. »

A propos de cette coexistence, Natacha Polony lors de l’émission « On n’est pas couché » du 19 décembre dernier, s’était plainte de ce que les minorités ne manquaient jamais de mettre en avant leur race quand ils récriminaient contre une mesure perçue comme arbitraire, fondant ainsi leurs griefs sur leur singularité. Autrement dit, ils crieraient au racisme. Je suis peut-être simplet mais j’ai une explication et une réponse qui coulent de source: si ces minorités ne se sentaient pas comme telles, c’est-à-dire si ces déclassés se sentaient acceptés et non marginalisés, ils n’auraient plus aucune raison de se sentir victimes. Traités en citoyens à part entière ils seraient tout comme M. et Mme Dupont, des Français tout comme les autres. Le problème serait résolu du même coup ! Malheureusement cette baguette magique n’existe pas…

 

Bien entendu mon intention n’est pas de pourvoir aux nécessités des seules minorités. Le défi de notre siècle est de rendre accessibles les besoins physiologiques, psychologiques, sociaux, etc. à toutes les victimes des inégalités économiques quelle que soit leur race. (Consulter la pyramide de Maslow http://papidoc.chic-cm.fr/573TabMaslow1.pdf)

Il est évident que cette vaste reconstruction sociale exige une refonte totale de nos institutions. Travail en profondeur gigantesque. Pourtant il faut s’y préparer. A l’heure où les laissés pour compte sont une proie facile pour Daech et le Front National, il est impératif que nous repensions nos priorités si nous voulons non seulement vivre ensemble mais surtout survivre.

Note :
Ne pas différencier « diversité ethnique » et « diversité raciale » c’est faire preuve d’ignorance ou pire, de mauvaise foi. Aux Etats-Unis, par exemple, la mention du mot race (ou tout autre dérivé) dérange les bien pensants car dans la conscience collective des Euro-étasuniens le racisme n’existe plus aujourd’hui. Ce mythe a permis à Bill O’Reilly, analyste d’extrême droite, d’annoncer sans broncher « Quand l’homme le plus puissant du monde (Obama) et la femme la plus populaire du monde (Oprah) sont Noirs, comment peut-on encore parler de racisme ! »
A ce sophisme grotesque et insultant je répondrais que dans les années 30, l’homme le plus rapide du monde, Jesse Owens, 4 fois médaille d’or aux Jeux de Berlin ainsi que l’homme le plus redoutable du monde, Joe Louis, champion de boxe toutes catégories étaient Noirs, sans que cela n’ait en rien changé la tradition du lynchage.
 
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