Duke Ellington, le Président Richard Nixon et la Médaille Présidentielle de la Liberté

Duke-Ellington-at-the -White-HouseNous savons que les musiciens de jazz, et en particulier ceux de race noire, furent utilisés comme ambassadeurs de la culture et, partant, de la “Voie Américaine” dans le monde entier. Louis Armstrong, Dizzy Gillespie et Duke Ellington, pour ne citer que ces trois grands artistes, aidèrent à redorer le blason des Etats-Unis terni par le racisme virulent des années cinquante.

Duke Ellington fut particulièrement honoré pour sa contribution, et lors de son 70ème anniversaire – le 29 avril 1969, fut invité à la Maison Blanche où le Président Nixon lui remit très cérémonieusement la “Presidential Medal of Freedom.”

Il est intéressant de relire ce qu’en guise de remerciement ce grand musicien répondit à Nixon et à la très élégante assemblée. Le texte qui suit est une traduction dans laquelle je me suis attaché à reproduire l’esprit et non la lettre.

 Merci, M. le Président. Merci mesdames et messieurs. Ceci est la Médaille Présidentielle de la Liberté. Une belle coïncidence en effet, la liberté étant justement le thème de ma série de concerts de musique sacrée. Bien entendu, quand nous parlons de liberté d’expression et de liberté en général nous pensons à ce merveilleux privilège que nous considérons tous pour acquis. A ce propos je voudrais évoquer les quatre libertés fondamentales qui furent les principes de vie de mon ami Billy Strayhorn, compositeur et arrangeur. A savoir celle qui – inconditionnellement, nous libère de la haine d’autrui; celle qui nous libère de notre apitoiement sur nous-mêmes; celle qui nous libère de notre égoïsme et enfin celle qui nous libère de la présomption que nous avons de nous croire supérieur à notre frère humain.

 Je doute que ces mots furent accueillis par un « standing ovation. » Par des applaudissements polis, certainement. Un peu gênés, peut-être, compte tenu des troubles raciaux qui déchiraient la nation. Mais ce léger embarras fut vite balayé dès que retentirent les premières notes de Take the A Train. Miracle de la musique! N’est-ce pas merveilleux?

Notes :

– La présidence de Richard M. Nixon (1969-1974) fut marquée par l’escalade de la guerre du Vietnam, l’invasion du Cambodge qui déstabilisa toute une région jusqu’alors à l’abri du conflit, l’instauration de la dictature militaire de Pinochet au Chili et le scandale de l’Affaire Watergate qui conduisit à la disgrâce et à la démission du Président.
– Les émeutes de Watts (1965) qui durèrent cinq jours firent 34 morts. Celles de Detroit (1966) firent 43 morts. Suite à l’assassinat de Martin Luther King Jr. le 4 avril 1968 des insurrections eurent lieu dans 120 villes des Etats-Unis dont New York et Washington D.C.

Image: “Richard Nixon and Duke Ellington 1969”. Licensed under Public Domain via Wikimedia Commons – http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Richard_Nixon_and_Duke_Ellington_1969.jpg#/media/File:Richard_Nixon_and_Duke_Ellington_1969.jpg

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