Django Reinhardt et le swing dit manouche

On a dit que la musique est un langage universel. Un langage, oui, mais pasmusic-159868_1280 universel pour la raison évidente qu’il n’y a pas de langue ni de culture universelles, chaque idiome étant le produit et le reflet de la culture qui lui a donné naissance. Cette culture joue un rôle crucial, et tous les linguistes s’accordent à penser que la maîtrise d’une langue étrangère exige non seulement l’étude de sa syntaxe et de sa grammaire, mais surtout une longue immersion dans la civilisation qui l’a engendrée.

Ainsi le jazz est le « langage musical » des Noirs des Etats-Unis. Ayant évolué tout au long du XXème siècle il requiert aujourd’hui, comme toute musique digne de ce nom, des connaissances musicales en particulier dans le domaine de l’harmonie, l’improvisation – essence même du jazz – se fondant sur les suites d’accords de plus en plus complexes Mais ce n’est pas tout. Une fois cette technique acquise, il faut se pénétrer de l’esprit de cette musique. Et c’est l’acquisition de cet esprit ou émotion, soul ou feeling – appelez cela du nom que vous voulez – qui déterminera si votre musique est jazz ou pas.

(Cette proposition soulèvera des controverses auxquelles je m’attends. On m’accusera par exemple de privilégier la négritude des pionniers du jazz. Je m’empresserai donc de préciser qu’après avoir débuté avec le jazz nouvelle- orléanais je suis devenu musicien be-bop / post-bop (la tradition Parker- Coltrane) et apprécie le jazz de A (Armstrong) à Z (Zawinul)

A mon avis, Django Reinhardt, tout grand musicien qu’il est, n’a pas voulu ou pu assimiler l’esprit du jazz (l’absence du blues dans son répertoire me fait pencher pour la seconde hypothèse). Pour utiliser l’analogie linguistique du premier paragraphe, il parle jazz avec un fort accent gitan. Par ailleurs, son « swing manouche » – saccadé et lourd – n’a pas la fluidité ni la légèreté du balancement d’un Count Basie, musicien de la même période. Chez Basie – qui utilise une guitare dans sa rythmique – nous avons un swing tout en souplesse, un rebondissement perpétuel que Lucien Malson a comparé celui d’une balle en latex. Je me permettrai d’y ajouter une image : le swing de Basie s’inscrit dans un cercle (la balle) alors que le swing de Django se heurte aux quatre coins d’un carré.

En conclusion, il n’y a pas de « swing manouche » et à plus forte raison de jazz manouche, allemand ou japonais. Par contre, il y a des Manouches, des Allemands et des Japonais qui jouent du jazz – avec succès – et c’est une occasion pour nous, amateurs de jazz, de nous réjouir.

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