Deuxième Partie: La cause palestinienne

unspecified-1Le partage de la Palestine en deux Etats a eu de graves et lourdes répercussions sur l’évolution et le devenir des Etats et des peuples arabes du Proche-Orient. A peine libérés du colonialisme français et britannique qu’ils se trouvèrent d’emblée confrontés à un nouveau projet colonial en Palestine qui va depuis déstabiliser les sociétés.

La Palestine s’inscrit dans une profondeur arabe. Il était donc tout naturel que les Arabes réagissent à ce qu’ils considèrent comme une injustice faite aux Palestiniens d’autant plus que la Palestine et l’islam sont demeurés historiquement étrangers à l’hostilité vis-à-vis des Juifs. Historiquement, objectivement et démographiquement « La Palestine n’est plus juive si elle est, c’est de la même façon qu’elle est chrétienne : mystiquement, religieusement, c’est subjectivement et non en soi »(1).

Comme nous l’avons démontré dans notre première partie, c’est l’installation du projet colonial sioniste en Palestine au détriment du peuple palestinien qui provoque « l’antisémitisme » dans le monde arabe et est à l’origine d’un long conflit marqué par une série de confrontations militaires.

 

1-Les guerres israélo-arabes

 

A l’exception de la guerre de 1973, nous y reviendrons, toutes les autres guerres qui ont opposé les sionistes aux Arabes sont des guerres déclenchées à l’avance par Israël. Les guerres dites préventives s’inscrivent en réalité dans une stratégie de construction du projet national juif du Grand Israël.

Alors que l’historiographie présente la guerre lancée en 1948 par les forces nationales arabes comme une agression contre le jeune Etat israélien, l’étude de certains documents nous révèle le contraire. En effet, la guerre contre les populations arabes a commencé bien avant le retrait des Britanniques soit dès avril 1948  « le plan Dalet a été lancé pour conquérir et nettoyer ethniquement le pays et il n’était pas un plan de défense contre une invasion arabe. Les Arabes ne sont entrés en Palestine qu’après le départ des Britanniques le 15 mai 1948. Quand ils sont entrés, il était trop tard. Les sionistes avaient déjà conquis une grande partie du pays et chassé la plupart de ses habitants. L’entrée des armées arabes n’a fait aucune différence……..l’objectif de ce plan est de prendre le contrôle de l’Etat hébreux et de défendre ses frontières. Ils visent également à prendre le contrôle des zones de colonisation et de concentration juives qui se situent à l’extérieur des frontières de l’Etat hébreu » (2).

 

Effectivement les forces sionistes réussissent à s’emparer de toute la Galilée, du sud ouest de la Samarie, de la majeure partie de la zone côtière, et du Néguev. Ce contrôle des territoires par les sionistes s’est accompagné de terribles massacres des populations. A titre d’exemple, dans les localités de Lydda et Ramle les sionistes exécutèrent 250 habitants et expulsèrent les populations vers Ramallah. Ainsi, sur les 80 000 habitants de la région entre 50 000 et 60 000 furent contraints à l’exil.

Durant la période du 15 mai à Avril 1949 plus de 350 000 Palestiniens, sur les 720 000 de l’ensemble des expulsés des zones contrôlées ou conquises, prennent la route de l’exode. Ce déplacement forcé de 85% de la population vivant sur 80% des terres de ce qui est aujourd’hui Israël inaugure le début de la cause palestinienne en raison de l’apparition des premiers camps de réfugiés palestiniens et de la création par les Nations Unies de L’UNRWA pour gérer ce nouveau drame humain.

Les velléités du projet sioniste à chasser les Palestiniens pour occuper leur place se précise comme l’a annoncé David Ben GOURION: l’objectif c’est le grand Israël.

 

La guerre de 1967 a été une autre occasion pour atteindre cet objectif. Cette guerre a été déclenchée par l’attaque de l’armée sioniste de l’aviation égyptienne qui fut détruite au sol. Le rapprochement d’Israël et des USA en guerre froide avec les Russes alliés de l’Egypte a permis à l’Etat sioniste d’obtenir les renseignements militaires nécessaires pour mener cette opération. Privés de plus de 70 % de leurs avions de combat et contraints à la guerre, les égyptiens et les syriens essuient une déconfiture. La guerre a été foudroyante en 6 jours, soit du 5 au 10 juin, Israël réussit à occuper la Cisjordanie et la partie arabe de Jérusalem rattachés à la Jordanie, le plateau syrien du Golan-Gaza et le Sinaï jusqu’aux rives du canal de Suez.

Toute la Palestine historique est ainsi occupée en plus du Sinaï égyptien et du Golan syrien. La domination des sionistes s’étend sur un territoire presque 5 fois plus grand passant de 21 000 km2 à 102 000 km2. Les conséquences en sont désastreuses pour un million de Palestiniens qui se sont trouvés   sous domination sioniste et plus de 245 000 autres contraints à l’exil.

 

2- Réfugiés et mouvement national palestinien

 

La politique israélienne d’annexion fut condamnée. Les Nations Unies votèrent la résolution 242 qui ordonnait à Israël de restituer tous les territoires occupés, mais, elle ne fut jamais respectée par l’Etat hébreux. Depuis, c’est autour de cette résolution que vont se cristalliser les rapports israélo-arabes. La cause palestinienne s’incarne dans le problème de ses réfugiés qui est l’essence même du conflit israélo-arabe. Pour les Israéliens reconnaître la question des réfugiés c’est admettre le péché originel qui préside à la fondation de leur Etat. Israël refuse de reconnaître sa responsabilité quant aux génocides, aux expulsions forcées, aux démolitions de villages (+ de 400) et aux vols de terre aux Palestiniens. Ce déni continue malgré les travaux des « nouveaux historiens » israéliens attestant de la pratique du nettoyage ethnique par les sionistes en Palestine (cf. bibliographie).

La position palestinienne s’inscrit dans une logique diamétralement opposée: tout se construit autour de cette question des réfugiés. Le camp est un symbole de la diaspora palestinienne. C’est le lieu où se perpétue la culture palestinienne. Le camp est un espace de la Mémoire et de l’attachement à la terre de Palestine. Il est vécu comme un lieu de passage, une voie de garage en attendant le retour vers la Terre, vers la Palestine. L’identité palestinienne est reconstituée dans ses moindres détails. Souvent les villages palestiniens et les régions sont reproduits au camp, on s’y regroupe en fonction de l’appartenance à la famille puis au village ou à la ville. C’est la géographie de la Palestine qui est ainsi reconstituée. Le camp n’est pas un musée de la Palestine mais en est une vitrine vivante avec ses dialectes, ses traditions culinaires, son patrimoine artistique et son Histoire passée mais aussi présente et parfois aussi sublimée.

 

L’histoire de la Nakba – la perte de la Palestine – est transmise de façon orale de génération en génération. Les petits Palestiniens décrivent avec une précision déconcertante les villages d’origine de leurs grands-parents, les maisons, les vergers comme s’ils y avaient toujours vécu ! Au camp on reconstruit les liens de solidarité et l’on veille à préserver de façon presque sacrée les attaches familiales avec les personnes restées en Palestine. Les réfugiés préservent scrupuleusement ce cordon ombilical qui les rattache à la mère patrie. C’est pourquoi le nationalisme palestinien est né dans les années 60 dans les camps de réfugiés dont la majorité s’est installée dans les pays voisins de la Palestine: Jordanie 4 300 000, Syrie 518 000 et Liban 447 400 (3).

Je ne vais pas m’arrêter sur la genèse du mouvement national palestinien né comme porte-parole des réfugiés, je me contenterai de souligner qu’il est passé d’un projet à contours un peu flous dont la seule revendication claire est la libération à un projet politique de libération en vue de la construction d’un Etat palestinien sur les territoires occupés par Israël en 1967 conformément aux résolutions 242 et 194 concernant le droit au retour des réfugiés.

 

Entre 1948, date de la Nakba, et les années 60 la question palestinienne était aux mains des régimes arabes nationalistes : Egypte, Syrie, Iraq. Après la défaite de 1967 le mouvement national qui est en rupture avec les anciennes élites d’Ahmed CHOUKAIRY se dés-arabise avec Yasser Arafat et prône la lutte armée pour la Libération nationale. Toutefois, le mouvement national palestinien de par son exterritorialité, sa dépendance vis-à-vis des régimes arabes au moins sur le plan financier se trouve confronté à des difficultés certes, aggravées par quelques dérapages et l’absence d’une stratégie commune entre les factions nationalistes et les factions de gauche léninistes-marxistes. Toutefois, il convient de ne pas négliger un facteur essentiel: la détermination des sionistes à éradiquer le mouvement national palestinien – emblème de la cause palestinienne – que les sionistes cherchent à effacer de leur Mémoire et à faire oublier au Monde.

 

3- La guerre de 1982 et l’échec du mouvement national de la diaspora

 

Le 3 novembre 1967 au Caire et sous le parrainage du président égyptien NASSER a été signé un accord entre Emile BOUSTANI chef de l’armée libanaise et Yasser ARAFAT. Cet accord que le Liban a accepté sous la pression de la rue et de certains pays arabes organise les activités des factions de la résistance armée palestinienne et vient mettre un terme aux accrochages entre l’armée libanaise et certaines factions palestiniennes. Cet accord a été accueilli favorablement par la gauche et les forces démocratiques au Liban, mais fut très critiqué par la droite chrétienne libanaise qui a considéré qu’il s’inscrivait contre la trêve signée avec Israël. De son côté, l’ennemi sioniste a mal reçu cet accord qu’il a considéré comme une menace pour sa sécurité, surtout que les factions palestiniennes étaient installées à Djabel al Sheikh et à Tallat Arkoub qui domine la Galilée.

Des tensions entre Palestiniens et le royaume Hachémite aggravé par les détournements des avions occidentaux par les fédayins palestiniens sur l’aéroport d’Aman viennent compliquer un contexte régional déjà explosif. Israël en profite, et somme   le royaume hachémite d’éradiquer les factions de la Résistance palestinienne. Ce message transmis par l’intermédiaire des USA précise qu’à défaut les sionistes interviendront eux-mêmes pour le faire. L’armée jordanienne intervient en septembre 1970, c’est le bain de sang: le septembre noir. Au bilan, 20 000 Palestiniens tués.

NASSER, le Président égyptien, tente de cerner le conflit et convoque un sommet de la Ligue des Etats arabes. Yasser ARAFAT, président de l’Organisation de libération de la Palestine, signe un engagement pour que les factions armées palestiniennes quittent la Jordanie. Le déploiement des factions palestiniennes vers le Liban et la Syrie s’est traduit par une expansion de la Résistance armée dans ces deux pays.

 

NASSER meurt en septembre 1970, son successeur Anouar Al-SADATE met un terme à sa politique en ouvrant le pays au libéralisme économique. Il chasse les experts soviétiques en 1972 et désireux d’en finir avec le conflit israélo-arabe après la récupération du Sinaï déclenche en octobre 1973 une guerre à la surprise des Israéliens qui sont attaqués simultanément par les Syriens et les Egyptiens au Golan et au Sinaï. Les Israéliens réussissent à retrouver leurs moyens grâce à l’aide militaire étasunienne et à se réorganiser pour lancer une contre offensive. Mais les Nations Unies soutenues par les deux grandes puissances imposent le cessez le feu.

La victoire militaire de l’Egypte, la destruction de la ligne de défense de Bar-Lev qui a coûté 500 millions de dollars et la remise en question de la théorie de sécurité israélienne ont conduit Israël à ouvrir des négociations de paix avec l’Egypte. Ces négociations qui ont duré plusieurs années pour aboutir finalement aux accords de Camp David signés en 1979. Contre la restitution du Sinaï l’Egypte s’engage à ne plus attaquer Israël, la victoire militaire égyptienne devient avec ces accords une victoire politique israélienne !

La Jordanie écartée, l’Egypte neutralisée, le front syrien gelé, le Liban devient la seule scène du conflit israélo-arabe. Les mouvements de résistance palestinienne bénéficiant d’une aide importante des Etats arabes sont perçus par certains Libanais comme un Etat dans l’Etat. Les tensions avec l’armée libanaise – les représailles israéliennes meurtrières et violentes contre la population civile libanaise en réponse aux opérations de résistance menées à partir du territoire libanais par les factions palestiniennes contribuent à créer un climat de tension qui a abouti à des hostilités ouvertes en 1975 entre les organisations palestiniennes alliées aux partis progressistes et les milices phalangistes à tendance fascisante. La guerre communément appelée guerre civile éclate et le Liban devient terrain propice aux jeux des puissances régionales.

 

En 1978 Israël envahit le Liban où les fractions palestiniennes restent dynamiques. En 1982, appuyé par les USA, et de connivences avec les phalanges chrétiennes libanaises, Israël lance une deuxième offensive pour éradiquer la présence palestinienne. Durant 3 mois les quartiers de Beyrouth tenus par les forces palestino-progressistes sont bombardés. L’OLP est sommée par les Américains de quitter Beyrouth. Les combattants palestiniens quittent Beyrouth pour Tunis et le Yémen sans armes sous la surveillance des militaires français, américains et italiens. C’est dans ce contexte que surviennent les terribles massacres de civils palestiniens et libanais dans les camps de Sabra et Chatila par les phalangistes mais à la demande d’Ariel Sharon ! (4).

Les Israéliens ont réussi à anéantir le mouvement national palestinien de la diaspora en l’éparpillant loin de la zone du conflit, mais sans imaginer que la gronde pouvait venir de l’intérieur de la Palestine….

 

4- L’Intifadha

 

Le soulèvement des Palestiniens contre la domination coloniale sioniste éclate le 9 décembre 1987. Il est l’expression d’un profond mal être et d’une révolte contre l’assujettissement imposé par un système de domination qui institue le racisme et le pratique au quotidien : Check-points, humiliation, exploitation au travail, spoliation des terres, expropriations arbitraires, ségrégation, spoliation des ressources d’eau de Cisjordanie et de Gaza, bref des conditions de vie insoutenables. Le soulèvement au départ spontané va s’organiser et sera dirigée par un haut commandement. Cette intifadha des pierres se répand dans tous les territoires occupés en 1967 : Cisjordanie, Jérusalem et Gaza. Elle sera soutenue par les Arabes palestiniens de l’Etat israélien solidaires de leur peuple qui fait face avec des pierres à la plus puissante armée du Moyen-Orient. Ce soulèvement que les Israéliens ont cru voir s’essouffler au bout de quelques jours où quelques semaines a résisté 6 ans malgré la férocité de la répression(5).

Les conséquences de l’Intifadha sont très lourdes pour les israéliens – pertes économiques importantes, réapparition de la cause palestinienne au niveau international et notamment à l’ONU où elle est remise à l’ordre du jour, déclaration d’indépendance d’un Etat palestinien en 1988, dégradation de l’image d’Israël, consolidation de la cohésion de la société palestinienne, réappropriation des palestiniens de leur devenir. Pour toutes ces raisons il fallait trouver une solution…

 

5- Les Accords d’Oslo

 

Le soulèvement palestinien a mis Israël au moins devant trois évidences : la détermination des Palestiniens à lutter pour leurs droits à la souveraineté, l’échec de la répression, l’internationalisation de la cause palestinienne au niveau médiatique et politique. Négocier avec les Palestiniens s’est imposé à Israël comme un mal nécessaire.

Les négociations entre Israéliens et Palestiniens ont été menées à Oslo, mais les accords ont été signés à Washington le 13 septembre 1993. Ils sont présentés à l’opinion publique comme un accord sur le principe de deux Etats : un Etat israélien et un Etat palestinien sur 22% du territoire de la Palestine historique. Ces accords ont reporté l’examen de toutes les questions essentielles à 5 ans : le statut de Jérusalem, le droit de retour, les colonies existantes en 1993, la constitution de l’Etat sur les territoires de 1967. Par contre ils ne prévoient aucune sanction de la partie contrevenante. Pire, ils stipulent qu’en cas d’échec l’occupation est confirmée ! Pour Georges Corm, historien et consultant juridique, le texte des accords est un no men ’s land juridique. Il ne donne aucune garantie aux Palestiniens. L’évolution de la situation lui donne raison. Après 23 ans, les discussions sur le statut final qui auraient dû être entamées en 1998 sont continuellement reportées, chaque clause devient un problème du fait que ces accords ne sont que de simples déclarations d’intention. Le bilan est négatif. Les Palestiniens qui ont soutenu massivement les accords de paix deviennent sceptiques. Beaucoup de voix s’élèvent pour dire que les accords d’Oslo n’ont été qu’un subterfuge des Israéliens pour mettre un terme à l’intifadha, redorer son image ternie par la cruauté de la répression et se débarrasser de la gestion des affaires quotidiennes des Palestiniens en utilisant l’Autorité palestinienne comme paravent. Pour Abdelsetar KACEM, universitaire palestinien, les accords d’Oslo constituent le deuxième fondement de l’Etat sioniste après celui de 1948. Par ces accords, dit-il, nous avons reconnu et légitimé l’existence de l’Etat d’Israël et en même temps nous avons renoncé à nos droits légitimes à lutter pour notre liberté et notre souveraineté sur la terre de Palestine.

 

Les accords d’Oslo instituent une domination politique. L’Autorité palestinienne n’est qu’un représentant du système d’occupation et son protecteur. Avec ces accords de coordination en matière de sécurité, l’Autorité palestinienne devient un service de police chargé de la répression et du contrôle du champ d’action des militants. Cette coordination prévue pour 5 ans est encore maintenue à ce jour. La colonisation continue sur des terres confisquées arbitrairement aux Palestiniens et au détriment du droit international, or ces colonies constituent un prolongement de l’Etat sioniste en Cisjordanie. Au lieu de restituer les territoires occupés comme convenu, l’occupant israélien continue d’imposer son contrôle sur la Cisjordanie encerclant par un chapelet de colonies les populations palestiniennes. Ce qui laisse dire que la finalité des accords d’Oslo c’est d’intégrer la Cisjordanie au sein d’Israël par étape.

Les accords d’Oslo placent aussi les Palestiniens sous domination économique. L’accord de Paris de 1993 impose à l’Autorité palestinienne d’importer uniquement à travers les ports israéliens. Aucun projet de développement économique ne peut se faire sans l’autorisation de l’Occupant qui « contrôle, les terres, l’eau, les ressources naturelles, la circulation des personnes, le flux des marchandises dans et hors des bantoustans palestiniens » (6).

Espoir de paix à l’origine les accords d’Oslo deviennent un nouveau blocus surtout avec l’échec du sommet de Camp David tenu du 11 au 15 juillet sous l’égide des USA pour discuter du statut final. Les négociations ont achoppé sur plusieurs obstacles :

  • Les concessions territoriales, Israël voulait annexer 10 % de la Cisjordanie et une bande de 15% le long du Jourdain mais aussi maintenir sous le contrôle de Tsahal une zone de façon temporaire.
  • Le statut de Jérusalem. L’occupant voulait maintenir son autorité sur le sous sol de la Mosquée Al Aqsa et sur la vieille ville. Seuls les quartiers extérieurs seront cédés aux Palestiniens
  • Le droit de retour. Israël refuse l’application de la résolution 194 des Nations Unies, Arafat y tenait.

 

L’échec des négociations fut imputé à Yasser Arafat, trop exigeant diront notamment les Américains et les Israéliens, mais selon Robert MALLEY, ancien conseillé de Bill CLINTON pour les affaires israélo-arabes et présent à Camp David, Arafat n’est pas le seul responsable, Ehoud BARACK n’a pas fait preuve de générosité et de souplesse ! (7)

Tous les plans de paix passés et futurs ne pourront réussir s’ils ne se fondent pas sur le droit international et la justice. Pour l’instant, appuyée de façon inconditionnelle par les USA, Israël en tant que force d’occupation cherche à imposer le droit de la force et à sortir les accords de paix de leur cadre international. Les lignes rouges d’Israël constituent une violation du droit international «  Le non au retour des frontières de 1967 signifie un non à la résolution 242 du Conseil de sécurité. Le non au retour des réfugiés palestiniens est un non à la résolution 194 du même organisme. Le non du retrait de Jérusalem-Est et à la souveraineté palestinienne sur cette partie de la ville est un non aux résolutions 242 et 181. Enfin, le non au démantèlement des colonies juives dans les territoires occupés est un non à la résolution 242 et à la quatrième convention de Genève » (8)

 

Pour faire le chemin de la paix le Conseil National Palestinien a renoncé depuis 1988 aux trois « non » inscrits dans la Charte de l’Organisation de libération de la Palestine: non à la reconnaissance d’Israël, non à la paix, non aux négociations. Ce que les Palestiniens revendiquent c’est tout simplement l’application du droit international. Les deux visions paraissent inconciliables parce que les sionistes restent prisonniers de leur mentalité défensive et de leur rhétorique messianique. L’attachement subjectif des sionistes à la terre promise fait front à l’attachement objectif des palestiniens (musulmans, chrétiens et certains juifs orthodoxes) à la mère patrie.

Depuis la création de l’Etat d’Israël les cycles de violences et de contre-violences se répètent. La situation est dans l’impasse, 23 ans après la signature des accords d’Oslo les affrontements continuent. Les Israéliens ont mené deux guerres contre Gaza : 2008 et 2014. Gaza subit un blocus asphyxiant. Selon les Nations Unies les conditions sont inhumaines et la situation explosive. En Cisjordanie, les populations dont l’horizon est bloqué se sont soulevées en 2000 et en 2015 : l’intifadha des « couteaux » se poursuit. La pérennité des mouvements spontanés de contestation des populations sous occupation montrent les limites de la politique sécuritaires et répressives de l’occupant.

 

Quelles sont les perspectives d’avenir ?

 

Tout laisse croire qu’elles ne sont pas prometteuses pour la cause palestinienne. Le gouvernement israélien et la société israélienne se radicalisent. Les lois sont de plus en plus ségrégationnistes et racistes. Les USA continuent à soutenir la politique de colonisation et à la financer. Fait nouveau, ils la justifient en déniant la résolution 242 !

La division du Monde arabe pénalise la cause palestinienne, certains pays sont occupés à faire face au terrorisme islamiste et d’autres sous la houlette saoudienne sont occupés à leur faire une guerre par procuration. Mais la cause palestinienne est portée par les peuples arabes même s’ils paraissent impuissants ! Toutefois, la détermination des Palestiniens à lutter pour leurs droits à la liberté et la dignité trouve un appui dans l’action non violente de BDS qui se répand à travers le monde et s’élargit.

L’espoir pourrait venir aussi des voix qui s’élèvent parmi les Juifs y compris les Juifs israéliens pour appeler à une conscience plus humaine  afin qu’Israël ne perde pas son âme « Rien ne détruira plus sûrement Israël que l’occupation » écrit Gidéon LEVY.  Et ceux qui se préoccupent de l’avenir d’Israël, feraient mieux d’agir contre l’occupation. C’est l’ennemi le plus important d’Israël, moralement, politiquement, économiquement et militairement. Ceux qui pensent qu’Israël peut continuer d’exister ainsi éternellement, ne comprennent rien de l’histoire. Aucun empire n’a duré éternellement de cette façon »(9).

 

 

Annotations

  • Charles RIZK, Entre l’Islam et l’Arabisme, Albin Michel, p. 200
  • Texte traduit par Sefer Toldot Haganah, Histoire de la Haganah, vol.3 Editions de Yehuda Slutsky , Tel Aviv, Bibliothèque sioniste, 1972 ;
  • Diaspora palestinien Google, ces chiffres concernent les populations actuelles.
  • TV Almayadeen reportage en 7 parties sur la guerre de 1982. Un reportage qui a demandé 2 ans de travail et une enquête auprès de tous les témoins.
  • Rapport parlementaire israélien de 1997, rédigé sous la direction de Miriam Ben PORAT.
  • Marwan BISHARA, Palestine/Israël : la paix ou l’apartheid, La Découverte,Paris 2002, p. 19
  • Robert MALLEY : une tribune du New York Timesdatant de juillet 2001,
  • Marwan BISHARA, idem, p. 149
  • Gidéon LEVY, propos recueillis par Max Blumenthal, REAL NEWS, 27 mars 2016

Bibliographie

Marwan BICHARA: Palestine/Israël : la paix ou l’apartheid, La Découverte, Paris, 2002

Georges COM : Liban : les guerres de l’Europe et de l’Orient 1840-1992, Gallimard, Paris 1992

Georges CORM : Histoire du Moyen-Orient, La Découverte, Paris, 2007

Henry LAURENS : L’Orient arabe à l’heure américaine, Armand Colin, Paris 2004

Henry Laurens : Paix et guerre au Moyen-Orient : l’Orient arabe et le monde de 1945 à nos jours, Armand Colin, 2005

IIan PAPPE : La guerre de 1948 en Palestine, collection 10 :18, Paris 2005

Benny MORRIS : Victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Editions Complexe, Paris, 2003

Tom SEGEV : Le Septième million : les israéliens et le génocide, Liana LEVI, 2003

Articles

Maghreb-Machrek : Jean-Louis DUCLOS, La conférence de Madrid, p.97-124 oct-déc, 1991

Maghreb-Machrek : Le nouvel ordre régional au Moyen Orient, avril-juin 1992

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