Concours de charme Obama-Poutine.

 

UnknownFaisons une petite expérience, voulez-vous? Et voyons lequel de ces deux hommes remportera la palme très convoitée de L’homme le plus Admiré du Monde. “Vous voulez rire? me direz-vous. C’est évident!” Pas du tout. La suite vous dira pourquoi. Par ailleurs il n’y a rien de drôle dans mon propos. Vous le verrez vous-même.

Commençons par ce truisme: Obama et Poutine inspirent des réactions diamétralement opposées. Elles sont par ailleurs viscérales et quasi universelles. L’un nous séduit, l’autre nous répugne, et nous pouvons affirmer sans hésiter que le premier jouit d’une cote unanime auprès des Etasuniens (sauf bien entendu les membres du Klu Klux Klan), majoritaire chez les Européens (ditto) ainsi que dans les pays “non alignés.”

 

Il faut reconnaître que Barack Obama bénéficie d’un avantage imbattable. Il représente la première nation du monde, celle qui depuis la seonde guerre mondiale s’est imposée en kosmokrator-seigneur-de-l’univers, celle dont la civilization (je n’ai pas dit culture) est la plus florissante, la plus prestigieuse et la plus imitée sans être jamais égalée. En un mot il représente l’ American Way, c’est-à-dire la voie impériale qui seule peut mener l’humanité à la démocratie dans la paix, le progrès et la prospérité.

Par ailleurs il est le symbole vivant d’un pays qui en élisant son premier Président de race noire – bien que tachniquement il soit à moitié Blanc, mais ne pinaillons pas – a démontré au monde entier qu’avec un peu de bonne volonté il est aisé d’éradiquer le racisme, cette peste noire qui ravage encore l’Europe et les autres continents attardés. Ainsi, grâce à Barack Obama les Etats-Unis d’Amérique peuvent désormais porter bien haut le flambeau de la Liberté!

Bien fait de sa personne, il est de surcroît photogénique. Ses paroles sont mesurées, ses gestes apaisants et son sourire captivant. Et comme si ces qualités ne suffisaient pas, voilà qu’il nous donne en prime sa charmante épouse! Diplômée de Princeton et de Harvard (deux des plus célèbres universités étasuniennes) Michelle Obama est avocate de métier et philanthrope bénévole depuis son ascension au titre de Première Dame. Eloquente sans ostentation, elle nous éblouit par sa prestance statuesque (elle mesure 1,80m), son physique de super model et sa classe. Pour couronner le tout, l’heureux couple a mis au monde deux adolescentes aussi mignonnes qu’adorables. Que désirer de plus? Ce ménage est la poster family du XXI ème siècle. L’ American dream en couleur et dans toutes ses dimensions.

 
Vladimir Poutine, par contre, est loin d’être un poster boy. Pour commencer il est Russe, et en tant que tel porte en lui le spectre de Staline et les stigmates du KGB. C’est une brute, et il nous le confirme en faisant tout pour qu’on le craigne et non pour qu’on l’aime. Il écrase les minorités ethniques, élimine ses opposants, tourmente les gays et règne par la terreur. Bref cet ancien sbire de la police secrète n’est pas très sympathique.

Son regard d’acier nous glace et quand il s’exhibe chevauchant torse nu dans la toundra, c’est Attila-le-fléau-des dieux menaçant le monde civilisé. Pour se distraire ce barbare n’a rien trouvé de mieux que de terrasser ses adversaires. C’est un expert de la 6ème de hanche et du 1er sutomi, techniques qui font voltiger les quatre fers en l’air des athletes de cent kilos ! Le basketball? C’est bon pour cette tapette d’Obama! Judoka et samouraï, il inspire la peur.

Quant à sa vie privée, mystère. On sait cependant qu’il est divorcé (scandaleux pour un chef d’Etat!) et qu’il entretient une danseuse. Mais dans un revirement inexplicable et comme pour se racheter de son mépris des convenances, il s’est révélé un ardent défenseur des valeurs chrétiennes. Paradoxal pour un ancien suppôt du stalinisme! Bref, Vladimir Poutine nous angoisse.

 

Telles sont les images qu’Obama et Poutine suscitent chez la grande majorité des Occidentaux. D’un côté St. Michel, de l’autre le Démon. Mais regardons de plus près ces deux hommes et jugeons-les à l’aune de leur politique étrangère et de leur impact sur le monde.

 

En ce qui concerne la politique étrangère d’Obama c’est le conflit au Moyen Orient qui s’impose à notre esprit. A sa décharge disons tout de suite qu’il n’en est pas responsable, l’ayant hérité de ses prédécesseurs. Pourtant arrêtons-nous un instant et permettez-moi une rétrospective en évoquant la guerre du Vietnam (1965-1975). Rappelons qu’elle a commencé dès le retrait des troupes françaises en 1954, c’est-à-dire sous la présidence de Dwight D. Eisenhower – un Républicain ; qu’elle empira très vite sous Lyndon B. Johnson – un Démocrate – pour finir en génocide et en écocide sous l’égide de Richard M. Nixon – un Républicain. Ainsi, aucun de ces trois présidents n’était personnellement responsable de la tragédie qui déchira le Vietnam, le Cambodge et le Laos. Ils n’ont fait que suivre la politique impériale de Washington érigée en mandat divin. Ainsi, comme les accusés de Nuremberg, il n’ont fait qu’obéir à des ordres, ceux-ci émanant du Ciel. Leur mandat accompli, chaque Commandant en Chef – de quelque parti qu’il fût – pouvait s’en laver les mains. Cette rétrospective me permet de croire que c’est ce qu’Obama fera en toute bonne conscience quand il cédera sa place en novembre 2016.

 

Ainsi, même si nous admettons qu’Obama n’est pas responsable du chaos en Afghanistan, en Irak et en Syrie – pour ne citer que ces trois pays – il faut reconnaître qu’il a librement accepté de poursuivre la politique de ses prédécesseurs, politique qui continuera au delà de 2016, et dont les prochains présidents pourront à leur tour s’en laver les mains.

Passons au bilan de cette politique. Si nous ne considérons que les quatre dernières années de sa présidence, la guerre en Syrie a fait à elle seule 250 000 morts civils et déplacé 4 millions de réfugiés. Ces chiffres aussi horribles qu’ils soient le sont davantage si nous y ajoutons les pertes afghanes et irakiennes encourues lors de son premier terme. Ainsi, qu’il veuille l’admettre ou non, voilà l’hécatombe que Barack Obama, Prix Nobel de la paix, aura sur sa conscience et pour le reste de ses jours.

Que dire de Vladimir Poutine ? Oui en effet, que dire qui n’a pas été dit? Agent du KGB (sécurité de l’Etat) puis du FSB (sécurité publique), il est certain qu’il a commis des horreurs. Quant à la crise ukrainienne, nous savons qu’elle a commencé quand le Président Viktor Ianoukovytch a refusé de signer l’accord d’association avec l’U.E. Cette décision impopulaire dans certains milieux occidentaux déclencha un coup d’état et la montée au pouvoir d’un dirigeant proeuropéen. La Russie est intervenue du côté de son ex-vassal. C’était prévisible. Les victimes de ce conflit sont donc en partie imputables à Poutine. Mais peuvent-elles se comparer aux 250 000 morts et 4 millions de réfugiés du Moyen Orient ? Je sais ce que vous allez rétorquer: un seul crime, et c’est déjà un crime de trop ! Je le sais. Je dirai cependant qu’en citant ces chiffres je n’ai voulu que nous ouvrir les yeux sur une réalité indéniable, et nous forcer à prendre conscience des horreurs journellement répétées depuis plus d’une décennie. J’ai surtout voulu apporter un peu d’honnêteté intellectuelle dans ce débat : l’image d’un « Vladimir l’éventreur » et celle d’un Obama enchanteur est une mystification. Que ceux qui veulent diaboliser Poutine continuent de le faire. Ils en ont tous les droits. Mais le faisant, qu’ils arrêtent de sanctifier Obama. Sinon ils auront fait preuve de mauvaise foi, une scélératesse selon moi.

Notes :

– Permettez-moi une remarque aussi impertinente que cynique au sujet de Barack Obama. Si je me plais à l’écorcher c’est parce qu’il a déçu mes espérances et frustré celles des millions d’Etasuniens qui lui ont par deux fois donné le bénéfice du doute. Au lieu d’avoir cédé à la candeur, j’aurais dû me rappeler les paroles de Patrice Lumumba répondant à ses collègues qui lors de la crise du Congo (1960-1961) l’exhortaient à faire pour une fois confiance à l’envoyé spécial des Etats-Unis. Ce à quoi le Premier Ministre congolais répondit « Oui, Ralph Bunche est Noir, mais c’est un Noir américain ! » A la décharge de notre tête de Turc, précisons encore une fois que la politique étrangère des Etats-Unis n’est ni décidée par un Démocrate ni par un Républicain – qu’il soit Blanc ou Noir – mais en “hauts lieux”.

– 1961 : Patrice Lumumba fut immolé pour satisfaire les dieux du cuivre. Une décennie plus tard, en 1973, ce fut Salvador Allende qui fut sacrifié au Chili pour apaiser les mêmes dieux: l’Anaconda Copper Mining Company et ses filiales internationales.

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