Clara Zetkin et la Journée Internationale de la Femme.

Clara ZetkinLe 8 mars est la Journée Internationale de la Femme, et tout le mois de mars lui est consacré. Mais, me suis-je demandé, toutes les féministes ainsi que leurs alliés masculins savent-ils à qui nous devons cet événement mondial? C’est ainsi que m’est venu le projet de présenter Clara Zetkin, socialiste, pacifiste et – disons-le, communiste allemande, qui marqua le XXème siècle de sa rayonnante présence.

Je me suis alors rappelé que Louis Aragon lui avait consacré la dernière partie de son roman, Les cloches de Bâle. J’ai donc décidé de me contenter d’une petite introduction et de laisser la parole à ce grand écrivain quand, par hazard, j’ai trouvé dans Riposte Laïque un article signé Jean Delisle dans lequel l’auteur – comme j’en avais eu l’intention, avait choisi de reproduire les deux dernières pages des Cloches de Bâle. Eh bien, me suis-je dit, il me suffit de citer son texte! Mais à la lecture de la conclusion et surtout après avoir découvert l’orientation politique de  l’organisation pour laquelle il écrit, j’ai senti que mon devoir était de ne pas le passer sous silence, mais au contraire de l’utiliser pour soulever une importante question d’éthique: peut-on en toute honnêté utiliser les pensées d’un personnage historique à des fins qui répugneraient celui-ci?

Je dirai donc à mes lecteurs que si je suis d’accord avec l’hommage que Jean Delisle a voulu rendre à Clara Zetkin, ma conscience m’oblige à m’élever contre l’usage qu’il en a fait. Lisez les pages d’Aragon. Elles sont d’une grande force. C’est la fin de l’article qui vous troublera si vous pensez comme moi. Les six lignes signées Jean Delisle vous diront clairement l’intention de son auteur et celle de Riposte Laïque.

 Dans le texte qui suit les paragraphes en “Times New Roman” sont de Jean Delisle, ceux en italiques sont de Louis Aragon.

 Clara Zetkin doit se retourner dans sa tombe devant ces femmes transformées en épouvantail à moineaux!

 “Les cloches de Bâle” est un texte de 1934 de Louis Aragon. Le dernier chapitre est relatif au “congrès de l’internationale socialiste contre la guerre” qui s’ouvrit à Bâle le 24 novembre 1012… L’évêque de Bâle avait prêté la cathédrale pour la tenue du congrès. Le cortège s’engouffra dans la cathédrale, et là un orateur par pays prit la parole. Pour la France se fut Jean Jaurès. Pour l’Allemagne Clara Zetkin (d’où le titre du chapitre). Cetta Clara Zetkin née Clara Eissner en Saxe le 5 juillet 1857 fut une militante féministe, socialiste et pacifiste, proche de Rosa Luxembourg. Lors de l’arrivée des nazis au pouvoir, elle se réfugia en URSS et mourut le 20 juin 1933 près de Moscou. Son opposition à Staline laissa planer des doutes sur le caractère naturel de sa mort. Voici les 2 dernières pages des “Cloches de Bâle”.

 Si nous , les mères, nous inspirions à nos enfants la haine la plus profonde de la guerre, si nous implantions en eux dès leur plus tendre jeunesse le sentiment, la conscience de la fraternité socialiste, alors le temps viendrait où à l’heure du danger le plus pressant il n’y aurait pas sur terre de pouvoir capable d’arracher cet idéal de leurs coeurs. Alors, dans les temps du danger et du conflit le plus terrible, ils penseraient d’abord à leur devoir d’homme et de prolétaire.

Si nous les femmes et les mères, nous nous élevions contre les massacres, ce n’est pas que, dans notre égoïsme et notre faiblesse, nous soyons incapables de grands sacrifices pour de grands objets, pour un grand idéal; nous avons passé par la dure école de la vie dans la société capitaliste, et à cette école nous sommes devenues des combattantes… Aussi pouvons-nous affronter notre propre combat et tomber s’il est besoin pour la cause de la liberté.

 Elle parle. Elle parle non point comme une femme isolée, comme une femme qui a pris conscience pour elle-même d’une grande vérité, comme une femme à qui des circonstances exceptionnelles ont donné les connaissances et les facultés d’un homme, comme un homme de génie née dans un laboratoire humain.

Elle parle au contraire comme une femme, pour les autres femmes, pour exprimer ce que pensent toutes les femmes d’une classe. Elle parle comme une femme dont l’esprit s’est formé dans les conditions de l’oppression, au milieu de sa classe opprimée. Elle n’est pas une exception. Ce qu’elle dit vaut parce que des milliers, des millions de femmes le disent avec elle. Elle s’est formé comme elles, non pas dans le calme de l’étude et de la richesse, mais dans les combats de la misère et de l’exploitation. Elle est simplement à un haut degré d’achèvement le nouveau type de femme qui n’a plus rien à voir avec cette poupée, dont l’asservissement, la prostitution et l’oisiveté ont fait la base des chansons et des poèmes    à travers toutes les sociétés humaines jusqu’à aujourd’hui.

Elle est la femme de demain, ou mieux, osons le dire : elle est la femme d’aujourd’hui . L’égale. Elle vers qui tend tout ce livre. Celle en qui le problème social de le femme est résolu et dépassé. Celle avec qui tout simplement ce problème ne se pose plus. Le problème social de la femme avec elle ne se pose plus différemment de celui de l’homme.

C’est précisément parce que la victoire future du socialisme se prépare dans le combat contre la guerre, que nous autres femmes, nous renforçons ce combat. Moins encore que pour les ouvriers, les Etats nationaux peuvent être pour nous une patrie véritable. Nous devons nous-mêmes créer cette patrie dans la société socialiste qui seule garantit les conditions de la complète émancipation humaine.

Maintenant, ici, commence la nouvelle romance. Ici finit le roman de la chevalerie. Ici pour la première fois dans le monde la place est faite au véritable amour. Celui qui n’est pas souillé par la hiérarchie de l’homme et de la femme, par la sordide histoire des robes et des baisers, par la domination d’argent de l’homme sur la femme, ou de la femme sur l’homme. La femme des temps modernes est née, et c’est elle que je chante. Et c’est elle que je chanterai.

 Quel beau texte, mais en ce XXIe siècle, ils doivent se retourner dans leur tombe Louis Aragon et Clara Zetkin en considérant dans les pays barbares des scènes de lapidation, d’excision, de répudiation et devant le spectacle de ces millions de femmes transformées en épouvantails à moineaux pour sortir dans l’espace public jusque dans des pays d’Europe !

 Jean Delisle

 Mon commentaire à présent:

Oui, je pense que Louis Aragon et Clara Zetkin seraient outrés par le port de la burqa obligatoire depuis l’avènement des Talibans. Mais de là à se retourner dans leur tombe! quand ils savaient très bien qu’à leur époque toutes les bourgeoises d’Europe étaient soumises à la torture du corset, qu’en France les femmes ne pouvaient s’inscrire à l’université sans l’accord du mari avant 1938, n’étaient ni électrices ni éligibles avant 1944 et ne pouvaient ouvrir un compte bancaire sans l’accord du mari avant 1965. Mais laissons ces détails. A mon avis, le fait qui importe ici est qu’en qualité de communistes, Aragon et Zetkin étaient – comme Riposte Laïque – pour la défense de la laïcité, et plus précisément la séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais qu’internationalistes ils n’auraient jamais sacrifié leur idéal humaniste à la défense des valeurs nationales qui, je l’ai dit et le répète, n’auraient aucune raison de se jutifier ni de se défendre si notre République se décidait à appliquer l’esprit et la lettre des principes sacrés de ses fondateurs et traitait tous ses citoyens comme des Français à part entière. C’est par l’égalité devant la loi et les usages que s’établira la fraternité.

 Notes
– Clara Zetkin (1832-1933) organisa la première Journée Internationale de la Femme en 1911.
– Voici comment Riposte Laïque se définit: “Le site Riposte Laïque a été créé en août 2007, par des anciens animateurs du journal en ligne Respublica. Il se réclame des principes laïques et républicains, et réunit des patriotes de gauche et de droite qui n’acceptent pas l’islamisation de leur pays, et le silence complice de la gauche et de la droite, devant ce péril mortel pour nos valeurs.
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