Bruno GUIGUE nous parle de la France et du Moyen-Orient

 

Nous vous proposons cette semaine deux articles de Bruno Guigue sur le Moyen-Orient, “Lettre ouverte aux charlatans de la révolution syrienne” et “France/Israël: de la soumission considérée comme politique étrangère.” L’introduction qui suit est de Zohra Credy.

 

Depuis cinq ans la crise syrienne fait couler beaucoup d’encre et divise les opinions. Je me souviens avoir assisté à des débats houleux à propos de la révolution syrienne. Emportés par l’euphorie du printemps arabe et du succès des révolutions tunisienne et égyptienne beaucoup n’ont vu dans les évènements qui ont éclaté en Syrie que l’espoir d’un changement démocratique. Or en Libye comme en Syrie la réalité est toute différente. Il s’agit d’une ingérence étrangère, de révolutions fomentées dans les chambres obscures des services de renseignements occidentaux. L’intervention de l’OTAN initiée par la France a plongé la Libye dans le chaos. Quant à la Syrie elle est prise dans le tourbillon des enjeux stratégiques des grandes puissances et notamment de la politique dominatrice des USA. Depuis 2011, des centaines de documents sont venus attester la thèse du complot. Il suffit de consulter les cartes de démantèlement du Proche-Orient établies déjà depuis 2006 par Ralph Peters, militaire affecté au service de la CIA, ou d’écouter les enregistrements des déclarations de Wesley Clark et du Général Dempsey sur la création de Daesh, sans oublier bien sûr les révélations d’Hillary Clinton sur al Qaeda !

 

Et pourtant, la propagande médiatique nous parle de révolution pour la démocratie ! Mais l’on doit s’interroger sur la place et le rôle accordés par les Occidentaux aux opposants laïcs et démocrates. Force est de constater que cette opposition a été vite laminée par les hordes d’al Qaeda et de Daesh. Ces hordes de djihadistes obscurantistes ont été acheminés de plus de 82 pays pour faire une guerre par procuration au profit de l’impérialisme occidental. Pour preuve aux négociations de Genève au premier comme au second tour cette opposition démocratique a été totalement écartée. De quelle prétendue démocratie l’Occident nous parle-t-il alors ? La seule opposition représentée et reconnue par l’Occident est celle constituée majoritairement par les frères musulmans et les takfiristes rigoristes wahhabites. Faut-il rappeler que l’un des négociateurs principal, avant sa démission la semaine dernière, n’était que Mohamed Allouche chef de Jaych al Sham responsable de la crucifixion, de l’égorgement et de la décapitation de milliers de syriens! Pourquoi l’occident démocrate et laïc joue-t-il la carte de l’islamisme radical ?

 

La carte du wahhabisme contre l’arabité a été déjà jouée dans les années 1920. Quand les anglais ont trahi leur engagement vis-à-vis des nationalistes arabes et ont participé à l’édification de deux Etats théocratiques : le Royaume Saoudien et l’Etat d’Israël. S’agit-il d’un nouveau Sykes-Picot pour briser les velléités de résistance de l’arabité que le colonialisme franco-anglais a cru régler en dépeçant le monde arabe en petits Etats au lendemain de la première guerre mondiale ? Il est vrai que malgré cette partition arbitraire et l’émergence des Etats Nations l’appartenance à l’arabité est restée vivace. C’est cette appartenance, cette Mémoire, cette identité d’être que l’impérialisme veut briser en jouant les appartenances ethniques et religieuses. Dans ce jeu machiavélique l’islamiste apparaît comme le meilleur instrument : la Ouma contre la Nation, l’islam contre le nationalisme arabe que le sionisme vomit et cherche à éradiquer !

 

C’est ce cynisme politique et la propagande mensongère mise à nu par l’évolution de la crise syrienne et ses conséquences sur le devenir du Proche-Orient que décrypte sans concession Bruno Guigue, philosophe et politologue, dans ces deux articles que nous vous proposons.

 

Le premier article est une Lettre ouverte aux intellectuels Charlatans ceux qu’Edward Said, intellectuel palestino-étasunien, appelle les experts réduits à vendre leur marchandise à l’ordre établi. Bruno Guigue, l’intellectuel dissident, dénonce ces experts qui sont au service du marché au lieu d’être au service de la cause et de la vérité. En Syrie le voile est tombé, il est donc immoral estime-t-il  que les intellectuels de gauche puissent continuer à se faire les faussaires de la vérité ! La notion des droits de l’Homme, le concept de démocratie ne peuvent obéir à une géométrie variable nous dit-il ! Pour Bruno Guigue cette perte des référents moraux n’est pas fortuite. Elle s’inscrit dans une démission collective portée par une classe politique française et une diplomatie soumise au diktat Atlantiste. C’est ce que nous lirons dans son deuxième article.

 

Zohra Credy

 

Bruno GuigueBruno Guigue a fait ses études à l’Ecole normale supérieure et à l’ENA, fonctionnaire de l’Etat essayiste et politologue, chroniqueur de politique internationale sur le Moyen-Orient, collaborateur régulier de la revue Etudes. Professeur de philosophie et chargé de cours en relations internationales dans l’enseignement supérieur à Saint Denis de la Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages publiés chez l’Harmattan dont Aux origines du conflit israélo-arabe, l’invisible remords de l’Occident et Proche-Orient, la guerre des mots.

 

Lettre ouverte aux charlatans de la révolution syrienne. Par Bruno Guigue

Par Bruno Guigue le 13 mai 2016 

Crises Dissidence Droit international Syrie

 

France/Israël : de la soumission considérée comme une politique étrangère

Par Bruno Guigue le 22 mai 2016 

France Hégémonie Israël Lobbies Syrie

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